Quel bilan faites-vous de votre parcours dans la valorisation du taro? Mon bilan, c’est d’abord d’avoir osé partir de zéro avec moins de 500 000 F de capital de départ, pour valoriser ce que nos ma mans jetaient ou négligeaient par manque de débouchés. En tant que diététicienne-nutri tionniste, je voulais briser les idées reçues sur le taro (« ça démange », « ça fait grossir ») en démontrant que c’est un super-aliment. Je l’ai transformé en une farine de haute qualité pour élaborer toute une gamme de produits sains : pains, cakes, muffins, crêpes et beignets, vendus à un prix unitaire de 3 000 F. Au cours des deux dernières années consacrées spécifiquement à cette acti vité innovante, aujourd’hui, notre boulangerie-laboratoire emploie 20 personnes (dont 90 % de femmes) et s’articule parfaitement avec l’institut de formation professionnelle en alimentation tropicale saine (IFPAT) pour transmettre ce savoir-faire technique à de futurs entrepreneurs. Comment s’organise concrètement votre chaîne de production? Nos matières premières pro viennent à 100 % des régions de l’Ouest et du Centre, où j’achète le taro frais directement auprès des groupements de femmes agricultrices. Même si les prix subissent les fluctuations de la saison sèche, mon choix reste éthique et enga gé. Je préfère rémunérer di gnement nos mamans plutôt qu’importer du blé raffiné qui nuit à la santé de nos populations. Le procédé de transformation que nous ap pliquons est rigoureux : lavage minutieux, épluchage, découpe en fines lamelles, séchage à basse température pour préserver l’intégralité des nutriments, puis broyage pour obtenir une farine très fine qui remplace à 100 % la farine de blé. C’est un véritable travail de fourmi, car il faut environ 10 kg de taro frais pour obtenir 2,5 kg de farine utilisable. Cette organisation nous permet aujourd’hui de produire entre 300 et 500 pièces par semaine. Quelles sont les difficultés rencontrées? Nos freins majeurs résident dans le manque d’équipements industriels adaptés pour auto matiser davantage le séchage et la mouture, les difficultés d’accès aux financements de croissance, ainsi que les préjugés qui persistent chez certains consommateurs pensant que le « Made in Camero...
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