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« Le potentiel de croissance est considérable »

Loveline Metchum Tayou, expert de la structuration marketing des chaînes de valeur et des écosystèmes productifs et fondatrice du cabinet conseil et ingénierie marketing Sphinge.

Quel est votre appréciation du secteur des grandes surfaces dans nos grandes villes ? C’est un secteur stratégique de la consommation. Mais, la grande surface est encore une vitrine plutôt qu’un poumon. Les chaînes nationales (San­ ta Lucia, Dovv, Saker, etc.) et les franchises internationales (Super U, Casino, CFAO) se développent. Toutefois, la dis­ tribution moderne ne capterait que 2 à 5 % de l’alimentaire en volume. Et donc sur ce segment particulier, l’infor­ mel domine. Jusqu’à 95% du marché de l’alimentaire de la ville de Douala qui pèse près de 1 200 milliards de F, circule au sein des marchés traditionnels. Le potentiel de croissance est considérable, formel et réel puisqu’il attire les investisseurs. C’est aussi un secteur inégal selon les villes. Santa Lucia affiche 18 agences, dont huit à Douala et 10 à Yaoundé. Carrefour exploite six magasins, quatre à Douala et deux à Yaoundé. Dôvv annonce plus de 22 super­ marchés, tous à Yaoundé. Les parts de marché par enseigne ou par ville restent à documen­ ter. C’est un vrai angle mort. Cependant, leur montée en puissance est contrariée par des fragilités soit systémiques, soit de structuration interne. Par exemple, en raison d’un bel ancrage populaire, Santa Lucia va encaisser l’inflation de plein fouet, tandis que Dôvv est absent de Douala, malgré un maillage de proxi­ mité à Yaoundé. Reste que la montée en puissance de la grande distribution depuis 2015 traduit l’émergence d’une classe moyenne. Les grandes surfaces orientent le marché de la consommation. Quel analyse faîtes-vous de cette forte proximité? Il en est de même de l’innovation que de la proximité et même des stratégies publicitaires ou du marketing que ces enseignes déploient. Il faut s’approcher le plus possible des consom­ mateurs, faciliter au mieux la tâche au consommateur. Celui qui veut par exemple acheter du pain de bonne heure se rend facilement vers la grande surface la plus proche afin de profiter des pains plus sécuri­ sés en termes d’hygiène, de fraîcheur, de garantie qualité, etc… cette proximité renforce aussi le lien ou la relation avec les clients qui savent en perma­ nence, qu’à diverses heures, même lorsque d’autres espaces marchands sont fermés, ils peuvent effectuer un arrêt ou un déplacement rapide pour effectuer leurs emplettes. Quid des changements apportés par cette montée en puissance des grandes surfaces ? Il y a d’abord le marketing. Les consommateurs sont marqués par la sécurité, la propreté, la chaîne du froid, le paiement par carte ou mobile et la cli­ matisation. S’y ajoutent le gain de temps et les horaires éten­ dus pour les ménages urbains pressés. Le supermarché est aussi un lieu de sortie fami­ liale, surtout dans les centres commerciaux. Le prix n’est pas le moteur principal : c’est la confiance et l’expérience. Ce qui change les habitudes des consommateurs. On constate des habitudes d’achats fragmen­ tés : le sec et le manufacturé au supermarché et le frais au marché. Le supermarché favorise l’achat planifié et les formats packagés, mais les achats d’im­ pulsion y sont plus fréquents. Avec une inflation soutenue, le ménage arbitre en perma­ nence. Il garde le marché pour le frais, où la négociation et le crédit informel comptent encore. Avec l’inflation qui pèse sur le panier de la ménagère, les Camerounais fractionnent désormais les achats en faveur des petits formats. Mais, le véritable aimant c’est le pain : la boulangerie génère 30 à 40 % du trafic. C’est le pain qui génère le pic de fréquenta­ tion chez Saker par exemple. On peut noter aussi l’attente d’une distribution de produits vivriers - au même prix que sur les marchés communaux dans un espace agréable. Quel est votre avis sur l’origina­ lité de ces espaces marchands ? Elle est moins frontale qu’on le croit. Les deux modèles ne servent pas le même usage. La grande surface offre l’as­ sortiment, la sécurité sanitaire et la standardisation. Mboppi, Sandaga, Mfoundi, Mvog-Mbi, Marché B, et New Bell gardent plusieurs avantages : un mar­ ché à moins de 10 minutes à pied, la vente fractionnée et la fraîcheur. Les échoppes et kiosques offrent la proximité immédiate, assurent le dernier mètre, avec l’achat à l’unité, le prix négocié et la proximité émotionnelle : «Asso» est le visage humain du marché et de la boutique. Pour moi, la vraie menace n’est pas le su­ permarché mais l’érosion du pouvoir d’achat. Le formel et l’informel se complètent plu...

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