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« Il faut investir dans la bonne semence »

Dr. Ir Ghandi Noumedem Fouegap, semencier consultant en agriculture.

Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique d’import-substi­ tution, le maïs compte parmi les spéculations ciblées par l’État pour alléger le déficit de la balance commerciale du pays. Comment appréciez-vous les résultats ob­ tenus jusqu’ici ? On observe une réelle dynamique de développement de la filière maïs au Cameroun. Les politiques publiques, l’amélioration de l’ac­ cès aux semences améliorées, l’encadrement technique des producteurs et l’intérêt croissant des opérateurs privés ont contri­ bué à renforcer progressivement l’offre locale. Toutefois, il faut rester objectif : ces progrès ne signifient pas encore que nous avons atteint l’autosuffisance. La production nationale demeure insuffisante pour satisfaire du­ rablement l’ensemble des be­ soins du pays, notamment ceux des ménages, de l’industrie, de l’alimentation animale et de la transformation agroalimentaire. Le principal acquis est la prise de conscience que le maïs est devenu une culture véritablement stratégique pour notre économie et notre sécurité alimentaire. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage, mais surtout de produire mieux : avec des semences certifiées et adaptées, de meilleurs rendements, une utilisation raisonnée des in­ trants, une réduction des pertes post-récoltes et une meilleure organisation de la commerciali­ sation. Les données disponibles situent la production nationale dans une fourchette d’environ 2,2 à 2,8 millions de tonnes par an selon les années et les sources, alors que les besoins nationaux sont supérieurs. Cela traduit donc une progression réelle de l’offre, mais également un déficit persistant. Le potentiel existe. Le Cameroun dispose de terres, de zones agroécologiques favorables, d’un savoir-faire pay­ san et d’un marché important. Le défi consiste maintenant à passer d’une production encore largement extensive et atomisée à une production davantage in­ tensive, organisée, mécanisée, compétitive et connectée aux besoins du marché. Les progrès observés dans la filière n’ont pas encore permis de stopper les importations. Qu’est-ce qui peut justifier cela ? La demande évolue plus rapi­ dement que notre capacité à offrir un maïs local disponible, régulier, de qualité et compétitif. La première raison est donc le déséquilibre entre l’offre et la demande. Le maïs est fortement consommé par les populations. Mais, il constitue également une matière première essentielle pour l’alimentation des volailles, des porcs, l’aquaculture et plusieurs industries agroalimentaires, no­ tamment certaines industries brassicoles. Cette forte pression sur la demande explique que la production locale ne couvre pas toujours les besoins du marché. La deuxième raison concerne la compétitivité. Le problème n’est pas uniquement la quantité produite. Il faut également tenir compte du coût de production, de la qualité du grain, du taux d’humidité, de la régularité des approvisionnements et surtout de la capacité à livrer de gros volumes aux industriels. Lors­ qu’une industrie a besoin de plusieurs milliers de tonnes de maïs de manière régulière, elle recherche avant tout la disponi­ bilité, l a qualité et la prévisibilité des prix. Si l’offre locale n’est pas capable de garantir ces trois éléments, l’importation devient une solution de sécurité pour l’industrie. Quid des autres contraintes ? Il y a également des difficultés logistiques importantes : insuf­ fisance des infrastructures de stockage, difficultés d’évacuation depuis certains bassins de pro­ duction, coût élevé du transport et pertes post-récoltes. Il peut donc arriver que du maïs soit disponible chez les producteurs dans certaines zones et à certaines périodes, alors que des industries connaissent simultanément des difficultés d’approvisionnement. À cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux semences de qualité, aux engrais, au financement et à la mécanisation. Ces facteurs augmentent le coût de production et limitent les rendements. La question des importations ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle du volume produit. Elle concerne toute la chaîne de valeur : semences, production, financement, transformation, stockage, transport, commer­ cialisation et accès au marché. Fermer ou limiter les importations peut être une mesure nécessaire à certains moments pour protéger la production nationale. Mais, cela seule ne suffira pas. Il faut surtout rendre le maïs camerou­ nais suffisamment disponible, compétitif et régulier pour que les utilisateurs industriels aient naturellement intérêt à se tour­ ner vers la production locale. Quelles mesures préconisez-vous sur le court terme pour accélérer la cadence au niveau des poli­ tiques publiques en soutien à la filière ? À court terme, je recommande des mesures très pratiques et directement orientées vers les producteurs. Premièrement, il faut renforcer le soutien financier à travers des crédits agricoles accessibles, à des taux raison­ nables et surtout adaptés au calendrier agricole. Beaucoup de producteurs disposent du savoir-faire et des terres, mais manquent de capitaux pour acheter les semences, les en­ grais et financer les travaux de campagne. Deuxièmement, il faut renforcer la disponibilité des intrants au bon moment et au bon endroit. Une semence améliorée ou un engrais disponible après le démarrage de la campagne ne permet plus au producteur d’ex­ primer pleinement son potentiel de rendement. Troisièmement, il faut intensifier l...

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