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« La perte de carbone menace le monde »

Dr Georges Martial Ndzana, expert international en santé des sols et changement climatique.

Plus de dix ans après la publication du premier rapport en 2015, quels sont les progrès réalisés et défis à relever ? Dix ans après la première évaluation mondiale, nous observons à la fois des avan­ cées encourageantes et des tendances préoccupantes. Prenons l’exemple du chapitre 14, consacré à l’Afrique sub­ saharienne, dont j’ai assuré la supervision scientifique. En 2015, la perte de carbone organique des sols figurait au deuxième rang des principales menaces identifiées. Dans l’évaluation la plus récente, elle est pas­ sée au troisième rang. Cette évolution traduit les efforts déployés dans plusieurs pays pour préserver et restaurer les stocks de carbone grâce à des pratiques plus durables. En revanche, la pollution des sols a considérablement gagné en importance. Relativement marginale dans l’évaluation pré­ cédente, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des menaces émergentes les plus préoccupantes. Cette situation reflète l’intensification des ac­ tivités industrielles, minières, agricoles et urbaines, ainsi que l’accumulation croissante de contaminants dans les sols. Le constat général demeure néanmoins préoccupant : malgré une meilleure prise de conscience, des progrès scientifiques importants et de nombreuses initiatives de restauration, la dégradation des sols continue à un rythme qui reste incompatible avec les objectifs de durabilité que nous poursuivons à l’échelle mondiale. Quels sont les principaux résultats ou signaux d’alerte que ce rapport met en évidence concer­ nant l’état des sols dans le monde ? Le rapport montre avant tout que les sols continuent de subir des pressions croissantes alors qu’ils constituent la base de nombreux services essentiels à l’humanité. Parmi les princi­ pales menaces figurent l’érosion, l’appauvrissement en matière organique, la perte de carbone, les déséquilibres nutritifs et la pollution. Ces phénomènes réduisent progressivement la fertilité des terres et leur capacité à soutenir durable­ ment les systèmes agricoles. Le rapport souligne également que la pollution des sols de­ vient un enjeu majeur dans de nombreuses régions du monde, sous l’effet de l’intensification des activités humaines et de l’accumulation de substances polluantes. À cela s’ajoutent les impacts du changement climatique qui accentuent les sécheresses, les inondations et les événements météorologiques extrêmes, aggravant ainsi les processus de dégradation. Le message central du rapport est clair : bien que des solutions existent et que certains progrès aient été enregistrés, les ef­ forts actuels restent insuffisants pour inverser durablement la tendance. Sans accélération des actions de conservation et de restauration, les conséquences sur la production alimentaire, la bio­ diversité et la rési­ lience climatique pourraient être considérables. Quels enseigne­ ments spéci­ fiques l’Afrique peut-elle tirer de ce rapport, notamment dans un contexte mar­ qué par l’insécu­ rité alimentaire, le changement climatique et la pression sur les terres agricoles ? Le premier ensei­ gnement est que la santé des sols doit être consi­ dérée comme un enjeu stratégique de développement. L’Afrique ne pourra pas répondre dura­ blement aux défis de la sécurité alimentaire et de la croissance démographique sans préserver sa ressource foncière. Deuxiè­ mement, l’avenir de l’agriculture africaine repose davantage sur l’amélioration de la productivité des terres existantes que sur l’extension permanente des surfaces cultivées. Cela im­ plique de restaurer les sols dégradés et de promouvoir des pratiques agricoles plus durables. Troisièmement, par­ mi les constats les plus pré­ occupants du rapport figure la perte continue de carbone organique des sols, l’une des principales menaces pesant sur les fonctions des sols à l’échelle mondiale. Lorsque les sols perdent leur carbone, ils perdent également leur fertilité, leur capacité à retenir l’eau et leur potentiel à stocker le CO2, contribuant ainsi au change­ ment climatique. Mais le rapport porte aussi plusieurs messages d’espoir parmi lesquels : les sols ne sont pas seulement une victime du changement climatique, ils font partie de la solution. En investissant dans la gestion durable des sols et la restauration de leur carbone, nous pouvons simul­ tanément améliorer la sécurité alimentaire, renforcer la rési­ lience des systèmes agricoles et contribuer à l’atténuation du changement climatique. Les solutions existent déjà. L’agroforesterie, l’agricultu­ re de conservation, la gestion intégrée de la fertilité et la restauration des terres ont démontré leur efficacité dans plusieurs régions du continent. Le défi consiste désormais à les déployer à une échelle beaucoup plus importante. En résumé, l’Afrique ne pourra relever durablement les défis alimentaires et climatiques sans investir massivement dans la santé de ses sols. Au regard des constats du rapport, quelles sont les principales préoccupations concernant les sols au Ca­ meroun et quelles actions prioritaires devraient être mises en œuvre pour mieux les protéger ? Même si le rapport ne pré­ sente pas une analyse spéci­ fique pour chaque pays, les tendances observées en Afrique subsaharienne concernent di­ rectement le Cameroun. Les principaux défis sont l’érosion, l’épuisement des nutriments, la diminution de la matière orga­ nique des sols, la déforestation et les effets du changement climatique. Ces phénomènes sont ...

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