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« Notre marché est rentable »

Abdoul-Hamid Oumarou, fondateur de SofTarget.

Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre sur pied un outil pareil ? Le numérique s’est répandu très vite au Cameroun et nos enfants ont aujourd’hui un téléphone entre les mains très tôt, souvent sans aucun accompagnement. Les chiffres dispo­ nibles sont éloquents : selon l’UNICEF, environ 70 % des jeunes Africains sont exposés à des contenus inappropriés avant leur majorité. Au Cameroun, les données de l’Institut national de la statistique (INS) font état de 63 % d’adolescents déjà confrontés à des contenus nuisibles, et de 41 % de jeunes ayant subi du cyberharcèle­ ment. Les outils étrangers existants sont souvent coûteux, complexes à configurer et surtout totalement inadaptés à notre contexte culturel et linguistique. Un parent camerou­ nais désireux de protéger son en­ fant n’avait, jusqu’ici en pratique, aucune solution pensée pour lui. Il y a eu également un déclencheur institutionnel : la loi n° 2023/009 du 25 juillet 2023, première charte ca­ merounaise pour la protection des enfants en ligne. Ce texte pose un cadre juridique solide, mais une loi ne protège pas un enfant au quotidien : il faut des outils concrets pour la faire vivre. Nous avons voulu être cet outil. Et puis, très honnêtement, il y a une dimension personnelle : nous sommes de jeunes ingénieurs camerounais, formés ici. Nous avons voulu démontrer que l’intelligence artificielle pouvait être un bouclier pour nos enfants et non un risque de plus. Quelles difficultés rencontrez-vous ? Nous rencontrons d’abord des diffi­ cultés d’ordre financier : l’intelligence artificielle a un coût, notamment en serveurs et nous avons dû développer la solution avec des moyens très limités, essentiellement notre propre travail. Ensuite, des difficultés infrastructurelles : l’analyse nécessite une connexion Internet, ce qui reste une contrainte réelle dans certaines zones du pays. Nous travaillons à alléger ce besoin. Par ailleurs, notre précision 83 %, 78 % et 85 % est bonne mais perfectible : nous visons plus de 90 %. Il faut aussi sensibiliser : plusieurs parents sous-es­ timent encore l’exposition réelle de leurs enfants, ou pensent, à tort, qu’ils n’y peuvent rien. Ces difficultés ne nous découragent pas, elles cadrent notre feuille de route ; des actions sont en cours pour y remédier. Quelles mesures de sécurité et de confidentialité garantissent sa pro­ tection ? C’est la question la plus importante à nos yeux, et nous l’abordons avec une exigence particulière, car nous travaillons sur des données d’enfants. Quatre principes structurent notre approche. D’abord, aucune conser­ vation des contenus : les images ana­ lysées ne sont pas stockées, elles sont traitées de façon transitoire, le temps de l’analyse quelques se­ condes puis elles disparaissent ; nous ne constituons aucune archive de ce que voit l’enfant. Ensuite, toutes les communications entre l’appareil et nos serveurs passent par une connexion sécurisée (HTTPS/TLS), qui empêche toute interception. Pour les données minimales, nous ne conservons que le strict nécessaire pour informer le parent : la catégorie du contenu détecté et l’heure ; nous ne constituons aucun profil de navi­ gation, et nous ne revendons aucune donnée. Enfin, l’accès est protégé : le compte parent est sécurisé par mot de passe et par un code PIN, et seul le parent accède aux alertes concernant son enfant. Nous nous inscriv...

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