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« Les pressions croissent sur les animaux sauvages »

Dr Frédéric Mbida Mbida, Médecin de la conservation, coordonnateur de programmes chez Health And Conservation (HAC).

Quelles menaces font peser l’augmentation de la consommation de viande de brousse en milieu ur­ bain sur la faune sauvage ? La consommation de la viande de brousse en milieu urbain est de plus en plus importante. Elle est à l’origine d’une de­ mande élevée, bien au-delà des capacités de satisfaction qui pourraient garantir une consommation responsable. Cette augmentation crée des pressions croissantes sur les populations d’animaux sau­ vages. Parmi ces pressions, y figurent : la surexploitation de la faune sauvage. Elle a pour principales conséquence un effondrement croissant des populations d’animaux sauvages. L’objectif étant de gagner le plus d’argent possible, les chasseurs des zones rurales ne contrôlent plus les quanti­ tés qui sont prélevées dans la nature. Cela est d’autant plus néfaste pour les espèces à re­ production lente telles que les grands mammifères (grands singes, éléphants, antilope, etc.), et pour d’autres espèces comme les pangolins, qui sont prélevées plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler. D’après le rapport de l’ONG TRAFFIC sur la chaîne de valeur de la viande de brousse publié en 2024, des réseaux de trafic se tissent depuis les zones rurales jusqu’aux zones urbaines pour satisfaire la demande en viande de brousse. En prélevant sans contrôle et sans légalité les espèces classées, on concourt indubitablement à leur déclin et à leur disparition prochaine. En milieu urbain, l’intérêt porté sur certaines espèces proté­ gées telles que les pangolins, les grands singes, accroit le braconnage de ces espèces, atteignant parfois même les aires protégées. Ces espèces se trouvent ainsi sous une énorme pression anthropique, et dans l’incapacité de se renouveler à la même vitesse. Qu’en est-il de la sécurité nutritionnelle à long terme dans les zones rurales ? La satisfaction des exigences d’apport en protéines animales est un défi permanent en zone rurale. Jusqu’ici, la faune sau­ vage satisfait à ces exigences à l’échelle rurale, où la chasse et la consommation sont en­ core motivées par les besoins de subsistance. Face à une défaunation excessive des forêts, cette satisfaction est gravement mise à mal sur les moyen et long termes. En effet, l’intensification de la chasse et sa mécanisation a pour consé­ quence directe la réduction significative des populations d’animaux sauvages, source principale de protéines animales des populations rurales, et leur déplacement de leurs habitats naturels vers des zones plus éloignées, pour échapper aux chasseurs. On assiste à des mi­ grations et des délocalisations animales parfois de plusieurs centaines de kilomètres, les rendant inaccessibles pour les chasseurs traditionnels. Cet éloignement des animaux sauvages crée une raréfaction de la viande de brousse pour les ménages ruraux, mettant en péril leur sécurité nutrition­ nelle. Si la tendance n’est pas rapidement inversée, avec notamment la régulation et la réglementation effective de la chasse, la restauration des habitats des animaux, l’application des lois, à long terme on pourrait assister à une inaccessibilité permanente de la viande de brousse pour les populations rurales. Comment garantir une uti­ lisation durable de la faune sauvage, dans un contexte où la consommation de viande de brousse est une composante majeure du tissu socio-économique de l’Afrique centrale ? Il est important de reconnaître que la viande de brousse est ancrée dans les coutumes africaines, y compris l’Afrique Centrale. Cet ancrage fait de cette source nutritionnelle un élément fondamental de la culture et de l’économie. Garantir une utilisation durable ne saurait donc se résumer ex­ clusivement à des interdictions ou à des réglementations plus strictes. Il est important d’avoir une approche plus holistique, permettant de concevoir le problème sous un prisme systémique. Pour y parvenir, certains leviers sont indispen­ sables : l’implication des com­ munautés dans les politiques et plans de gestion de la faune ; renforcer la réglementation sur la commercialisation et la consommation de la viande de brousse dans les zones urbaines ; Renforcer les capacités des éleveurs. Développer des al­ ternatives protéiques tant en milieu urbain qu’en milieu rural fera indubitablement baisser la pression sur les animaux sauvages. Comment assurer une consommation respon­ sable en zones urbaines, où la viande de brousse est souvent consommée pour des raisons autres que la subsistance ? Dans ...

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