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« Au-delà du financement, il faut les former »

Julienne Limogo, directrice générale adjointe de la Mutuelle financière des femmes africaines.

Quels sont les principaux problèmes auxquels la femme entrepreneur fait face ?

Il y a d’abord un problème de connaissance et de maîtrise de l’environnement dans lequel elles vont exercer. Beaucoup ne savent pas toujours qu’il faut savoir où l’on va, quelles sont les difficultés prévisibles, les risques, etc. Il s’agit de réaliser une étude de marché par exemple. Tel est le problème principal que nos vingt années d’expérience ont permis de distinguer. Mais il y en a d’autres : la gestion qui pose des problèmes chez certaines qui ont trois fois plus de charges que leurs revenus et mélangent les recettes de leurs affaires aux ressources familiales ; la situation de fragilité des entreprises féminines qui sont souvent individuelles, ce qui fait que quand l’entrepreneure est malade, l’entreprise en souffre presque autant. Il y a aussi le problème des garanties pour accéder au crédit. Contrairement à ce que l’on croit, même le micro-crédit qui leur est souvent destiné n’est pas aisé à administrer, car ces entreprises sont très sensibles et fragiles. Il y a cependant des femmes qui sont mieux organisées. Elles réussissent à partir de la catégorie des petits emprunteurs (50 000 F) pour des crédits importants (10 000 000 F). Mais là encore, le problème de la maîtrise de la croissance de leur volume d’affaires, de la progression, des risques, se pose parfois.

Quels impacts cela peut-il avoir sur la création et le développement d’entreprises propriétés ou dirigées par des femmes ?

C’est un frein pour tout le monde. Pour nous, comme pour les autres entrepreneurs. Elles ne peuvent plus aisément accéder au crédit et nous aussi ne pouvons distribuer du crédit aux demandeurs. Cela dit, le taux de mortalité des petites entreprises féminines n’est pas grand. En revanche, beaucoup vivent de surendettement au lieu d’atteindre ou de tendre vers l’autosuffisance financière. L’impact serait moins négatif si elles étaient mieux structurées. Sur 2500 membres de notre mutuelle à Douala, 1000 ont abandonné leur relation avec nous. Après avoir eu des crédits pour certaines d’entre elles. Tout le monde y perd car entre 2012 et aujourd’hui, nous avons dû passer de 200 microcrédits à 50.

Que leur conseilleriez-vous ?

Nous souhaiterions qu’il y ait plus que le financement. Il faut les encadrer, leur apprendre à mieux gérer. Une Ong, Positive Finance, nous a aidés à le faire. Il s’agissait de cours de comptabilité, de marketing, de gestion. Nous leur apprenions à tenir leurs cahiers d’opérations, à vendre… Et les résultats sont positifs. Sur les quelque 500 femmes qui ont pris part à ces formations, plus de la moitié a réussi à améliorer les performances de leurs entreprises. On a donc beaucoup d’espoir car on a compris qu’au-delà de la question de financement, les entrepreneures avaient d’autres véritables difficultés à résoudre.

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