loader

« Il y a un effort d’industrialisation locale au Rwanda »

Dr Michel Cyrille Samba, enseignant-chercheur à l’université de Yaoundé II-Soa.

La Banque mondiale table sur un taux de croissance de 5,2% au Rwanda en 2018, quand la moyenne générale en Afrique subsaharienne se situe autour de 3,2%. Quelles sont les forces de ce pays ?

Premièrement, il convient de relever qu’au regard du contexte mondial marqué par la chute des cours du pétrole, ce sont les pays importateurs de pétrole qui ont connu une bonne performance économique. Le Rwanda en fait partie. Il se situe d’ailleurs parmi les 10 premiers pays africains dont la performance est bonne depuis la chute des cours du brut. En effet, cette chute des cours a induit une baisse des coûts de production dans les pays importateurs. L’autre force du Rwanda repose sur le développement du secteur manufacturier. Le pays a lancé un vaste programme de promotion du « Made in Rwanda » pour booster son secteur manufacturier. C’est vrai que ce secteur n’est pas encore celui qu’on voudrait pour un pays qui tend vers l’émergence, mais c’est déjà un signal fort que de lancer un tel programme pour encourager la consommation des produits locaux. Il y a un effort d’industrialisation locale qui est mis en place et l’industrie au Rwanda compte pour près de 33 % du PIB. 

Malgré la récession, le Rwanda, , a affiché un taux de croissance de 3,4%. Qu’est-ce qui justifie la résilience de son économie ?

Plusieurs facteurs sont à l’actif de cette résilience. Il y a un certain nombre de mesures mises en place pour encourager et accompagner le secteur privé dans la création des richesses. Il s’agit de la mise en place d’un environnement économique viable, en facilitant les conditions de création d’entreprise. A ce propos, le pays figure dans le top 50 au dernier classement « Doing business » et deuxième pays africain. De même, il fait partie des quatre pays les moins corrompus en Afrique, selon l’ONG Transparency international. D’autres conditions ont trait à la disponibilité de la ressource énergétique qui est primordiale pour le développement. Il y a également le levier fiscal et de manière générale, le cadre juridique qui est amélioré.

Quelles leçons peut-on tirer de l’exemple rwandais ?

Il faut d’abord relever que chaque pays a ses spécificités. Il fonctionne dans un environnement politique et économique qui lui est propre. Cependant, il va de soi que ce qui est perçu et partagé comme étant universellement bon ailleurs, pourrait être implémenté chez nous. Le programme relatif à la promotion du « Made in Rwanda » est un exemple, au regard de notre balance de paiement commerciale extrêmement déficitaire. C’est vrai que cet aspect est pris en compte par le gouvernement à travers le DSCE qui regorge des dispositions pour encourager l’industrialisation du Cameroun. Mais, cette volonté ou cette impulsion ne se fait pas encore ressentir. Sur le volet gouvernance, il faut malheureusement dire que le Cameroun reste à la traîne en ce qui concerne la lutte contre corruption. Un environnement de corruption ne permet pas à la compétence de s’exprimer et même les investisseurs étrangers pourront se montrer réticents. Au-delà des leçons à tirer de l’exemple rwandais, il convient de souligner qu’on ne développe pas une économie avec un système financier moribond. Le marché boursier local est totalement inefficient. Il mériterait d’être approfondi en termes d’augmentation des participants.

Partager cet article

Commentaires

    List is empty.

laisser un commentaire

Autres articles Ă  lire ...


Après les travaux préliminaires débutés e...


Le 30 octobre dernier à Yaoundé, les experts de la douane de l’Afrique centrale et de l’Ouest se sont séparés après deux jours d’échanges et de réflexions sur l’avenir de ce secteur névralgique, à l’aube de la création de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC). L’élaboration des premiers contours du plan stratégique triennal 2019-2022 en vue de faciliter les échanges en est la principale résolution. L’option de la mutualisation des forces, à travers entre autres, l’harmonisation des régimes douaniers et la nu...


La Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) tire la sonnette d’alarme. Le chiffre d’affaires des promoteurs des PME de la place est en baisse selon une récente étude réalisée en mars et avril derniers, disponible sur son site Internet. Sur un échantillon de 241 PME, 44,59% des chefs d’entreprises consultés dans le cadre de l’enquête baromètre 2018 reconnaissent une baisse de chiffre d’affaires en 2017.

L’enquête révèle en outre que les artisans ont été les plus affectés (65%) du fait des condition...