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« Les éléphants ont diminué de près de 80% en moins de cinq ans »

Luc Evouna Embolo, chargé d’appui aux activités de lutte contre la criminalité faunique World Wide F

Qu’est-ce que qui justifie la récurrence des actes de braconnage dans et autour des aires protégées du Cameroun?

Cette recrudescence peut s’expliquer par des facteurs à la fois exogènes et endogènes. Les facteurs exogènes sont liés au contexte international qui a vu l’émergence d’une classe moyenne en Asie du sud-est en général et en Chine en particulier. Laquelle est fortement demandeuse de produits fauniques exotiques comme l’ivoire d’éléphant, les écailles de pangolin, les perroquets… L’Afrique et l’Amérique du sud sont les premières destinations de ces nouveaux riches. Ils trouvent un terrain fertile du fait de la pauvreté ambiante des populations riveraines de certaines aires protégées ouvertes aux propositions les plus risquées. Ce contexte est aussi lié au fait que le Cameroun est entouré de voisins qui ont connu ou qui connaissent des guerres. Ce qui facilite la circulation des armes de guerre utilisées pour massacrer les éléphants.

Les facteurs endogènes quant à eux sont liés à la chasse de subsistance et visent plus à satisfaire la consommation locale et l’approvisionnement du marché domestique en viande de brousse. 

Quel est l’impact de ce braconnage sur la biodiversité ?

Les impacts sur les écosystèmes ou mieux la biodiversité sont de plusieurs ordres. Il y a tout d’abord le risque d’extinction de certaines espèces animales comme ce fut le cas avec le Rhinocéros blanc au Cameroun ou le perroquet gris à queue rouge dans la plupart des pays d’Afrique (le Cameroun reste l’un des seuls pays où l’espèce se trouve encore dans le monde en ce moment). Le deuxième risque est celui de la destruction des habitats. La forêt étant un tout, l’extinction de certaines espèces animales peut entraîner la destruction totale ou partielle d’une forêt. Les crottes d’éléphant par exemple sont des pépinières naturelles importantes pour la régénération des forêts, et jouent un rôle dans le maintien du couvert forestier et la régulation de la chaîne alimentaire.

Qu’y a-t-il lieu de faire pour venir à bout du braconnage ? 

Le ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) avec l’appui de ses partenaires, au premier rang desquels le WWF, promeut une gestion durable des ressources fauniques à travers la loi du 20 janvier 1994 portant régime des forêts et de la faune et ses textes subséquents. Malheureusement, la grande criminalité et particulièrement celle des éléphants, a pris de l’ampleur. La situation est telle que, si des actions concertées ne sont pas prises, il y a lieu d’envisager l’extinction de l’éléphant au Cameroun. Les derniers chiffres des inventaires fauniques réalisés par le WWF en appui au MINFOF en 2015 montrent que l’espèce a connu une diminution des populations de l’ordre de près 80% en moins de cinq ans dans le sud-est Cameroun. La menace est 10 fois plus sévère que le massacre de Bouba Ndjida. D’où la nécessité pour les autorités publiques de durcir le ton dans la sanction.

 

 

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