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Financement de la Pme

Les pistes de solution

Je commence cette analyse par deux constats élémentaires en matière de finance : - Prêter au secteur privé en Afrique est souvent considéré comme plus risqué que dans le reste du monde ; - Financer de petites entreprises est généralement plus risqué que financer de grandes entreprises. Le financement des petites entreprises africaines apparait donc d’autant plus difficile qu’il combine (malheureusement) les deux types de risques.  Les banques d’Afrique n’ont en effet nul besoin de développer leurs activités aux petites entreprises car elles dégagent suffisamment de bénéfices en prêtant sans risques et à moindre coût aux entreprises ou en investissant dans des titres de dette publique très rémunérateurs, (Paul Collier, Oxford University). Comment appréhender la Pme Approche quantitative Il s’agit d’apprécier la PME sur la base de la taille fondée sur un certain nombre de grandeurs telles que le chiffre d’affaires, les effectifs, le total bilan…. Il en ressort, la classification qui suit : - TPE (Très Petite Entreprise) ou Micro-entreprise - PE (Petite Entreprise) - ME (Moyenne Entreprise) Le dimensionnement ou les critères de cette classification sont variables, selon les réglementations nationales ou régionales. En complément à cette approche, vient la prise en compte de la donne sectorielle : primaire (Agriculture, Pêche, …), secondaire (Industrie de transformation), tertiaire (Services), artisanat (cas particulier). Constat : la PME est une catégorie statistique, a fortiori économique, difficile à appréhender. Conclusion : éviter d’avoir une approche linéaire de l’entreprise-PME eu égard à la diversité des réalités économiques et sociales qu’elle recouvre. Approche qualitative Il faut ici noter, et cela est essentiel, que la PME n’est pas (forcément) une grande entreprise (GE) en devenir, ou en d’autres termes, la grande entreprise n’est pas (mécaniquement) une réussite de PME (Bellante, Levratto, Paranque ; 2001). En effet, une entreprise peut être créée « grande » (le cas d’une filiale) ou au contraire devenir « petite » à la suite d’une restructuration (suppression d’une activité ou filialisation d’une partie). Au final, selon la logique qualitative, ce qui différencie la PME, qui en fait la spécificité, ce n’est pas tant la taille que la nature de l’information nécessaire à son fonctionnement, eu égard aux relations avec son environnement. Dans ces conditions, la PME est une organisation engagée dans une logique de construction dont le résultat est chaque fois remis en cause, alors que la GE est une organisation inscrite dans une logique de production de connaissances partagées, i.e. de production d’informations standardisées susceptibles de permettre des arbitrages sur la base de règles communes (et connues), (Bellante, Levratto, Paranque ; 2001). Il s’agit en définitive d’une approche à connotation culturelle, mettant en exergue et de façon paradoxale les conditions d’appréhension et de compréhension de l’un et l’autre type d’entreprise, l’information (disponibilité, qualité) constituant l’élément majeur de différenciation, du point de vue de l’approche-risque. Problématique du financement de la pme Pour adresser cette question, nous proposons une approche consistant à: se demander qu’est ce qui fonde une relation de financement de manière à intéresser, i.e. à créer un intérêt, de la part des partenaires de la PME, financiers (banques, actionnaires, …) et commerciaux (fournisseurs, clients, …) ; éviter, surtout et nous l’avons évoqué ci-haut, de considérer une PME comme une « petite grande entreprise » ou un « modèle réduit de la GE », et par là chercher à apprécier la PME à l’aide des outils utilisés dans le cadre de la GE (séries statistiques, informations économiques, financières et commerciales telles que la part de marché, la concurrence, l’évolution technologique…), sachant que ces informations ne sont pas ou peu disponibles pour une PME. Dans ces conditions, le « risque-PME »  porte non sur la PME en tant que tel (i.e. sa capacité à produire, à vendre, …) , mais sur l’absence ou l’insuffisance d’information permettant d’apprécier la capacité de remboursement.  Corolairement, l’incertitude quant à la pérennité engendrant un manque de visibilité à plus ou moins moyen et long terme, a une répercussion sur le taux d’intérêt (plus précisément sur le différentiel de taux GE/PME). Taux d’intérêt = prix de la ressource + coût de l’information nécessaire y compris temps de travail. Conséquence: on assiste au « rationnement » par les prix (prime de risque) et par les quantités (taux d’échec) sur le marché du crédit, (Levratto, 1988, 1990,1992 ; Cieply, Paranque, 1997,1998). Il s’en suit des difficultés à faire valider les projets d’investissement. Quelle strategie gagnante ? NB : les différentes études menées jusque-là en vue de répondre à la problématique objet de nos travaux de ce jour, ont abouti au fait que l’amélioration de l’accès au financement des PME relève de la mise en place d’un écosystème qui repose sur quatre piliers : amélioration du climat des affaires ; renforcement des capacités des PME ; développement du secteur financier ; renforcement des liens inter-entreprises (GE / PME). Quelques recommandations constituant des pistes de solution : Pour répondre au principal handicap identifié, à savoir l’absence d’information ou plus précisément la forte asymétrie d’information, cause d’aversion au risque-PME : développer des programmes ou mécanismes de garantie des prêts plus fiables Vs aux sûretés classiques (hypothèques, …) souvent difficiles à actionner. Il s’agit de la mise en œuvre de mécanismes d’atténuation ou d’Atténuateurs de risques :  - Fonds nationaux, régionaux et panafricains issus de l’initiative des autorités publiques locales parfois en partenariat avec des bailleurs de fonds. (exemples: Fonds de garantie malgache, Small Business Credit Guarantee en Namibie, ou le Fonds Africain de Garantie et de Coopération Economique (FAGACE) ; - Fonds créés à l’initiative des bailleurs de fonds tels que le Fonds de Garantie des Investissements Privés en Afrique de l’Ouest (Fonds GARI géré par la BOAD), le Fonds ARIZ (géré par l’AFD) ainsi que les Fonds de l’USAID et de la SFI par exemple. - Fonds mis en place par les banques commerciales, plus rares (existent au Nigéria). - Fonds établis par les groupements professionnels homogènes et interdépendants constituant des coopératives. Il s’agit, en fait, de sociétés de caution mutuelle assises sur le principe de solidarité que l’on retrouve dans les formes « primitives » d’organismes de financement (tontines et autres associations d’épargne et de crédit). La combinaison des services financiers et techniques permet aussi d’  « allevier » le risque d’incertitude liée à la déficience de l’information. Il s’agit de mettre en place un protocole entre institution financière et organisme d’appui technique (en vue de leur professionnalisation) à la PME. La prise en charge du coût subséquent pourrait être assurée par des Institutions financières internationales qui ont développé des programmes d’appui à la promotion de la PME. Dans ce même registre, il devient impérieux de créer ou d’améliorer ou d’accélérer la mise ne œuvre d’un certain nombre d’outils tels que : - Les bases de données  économiques et financières (qui pourraient être gérées par l’INS par exemple). - La Centrale des Incidents de Paiement (CIP) ; - Le Répertoire des Entreprises ; - Les Credit-Bureaux. Compte tenu en moyenne, du fort taux d’impayés enregistré sur les prêts à la PME, l’une des solutions passe par le « sharing », i.e. le partage des risques avec d’autres institutions. Entre dans ce cadre, le recours aux lignes de financement ou de garantie accordés par des bailleurs de fonds (SFI, PROPARCO, BDEAC, …). Dans le cadre de l’enrichissement par voie de diversification de l’offre des produits de financement, il s’agit de développer les activités dites « para-bancaires » de manière intra ou extra par rapport aux établissements bancaires, tels que le capital-risque ; l’affacturage (factoring) ; le crédit-bail (leasing) ; le cautionnement mutuel ; le finance islamique. La création de départements spécialisés au sein des établissements bancaires constitue une solution qui a donné des résultats probants enregistrés par des banques ouest-africaines à l’instar du groupe de la Bank Of Africa (BOA). La mise en place d’un programme de renforcement de la capacité d’intervention des banques spécialisées ou de développement tels que la BC-PME, de façon : - Directe : levée de fonds avec la garantie de l’Etat ou d’un bailleur de fonds   - Indirecte : levée de fonds effectuée par un tiers (Etat en l’occurrence) pour le compte de l’Institution. La recherche des fonds et l’allocation qui s’en suit se ferait en fonction des sphères d’intervention (capitaux propres, dette senior ou ordinaire) et des secteurs d’activités ciblés. Créer les conditions d’une réelle dynamique du secteur financier ou du marché global des capitaux par l’ « instauration de passerelles » entre les différents segments qui le constituent : marché financier, établissements de crédit, et établissements de microfinance.  A noter que cette relation existe déjà à un stade embryonnaire au sein de certaines institutions de la place. De même dans ce mouvement, pourrait s’inscrire la banque centrale (BEAC), par la mise en place de lignes de refinancement arrimées aux crédits à la PME.

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