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« L’intégration est la voie du développement économique de l’Afrique »

Dr Ariel Ngnitedem, économiste, spécialiste des finances publiques.

PAROLE D’EXPERT  faites-vous de la récente ouverture des frontières par les Etats de la Cemac ?  Depuis un certain temps, l’on remarque une volonté politique affichée de s’ouvrir à l’autre, de dépasser les égoïsmes nationaux. La libre circulation des personnes et biens ou des capitaux et de la main-d’oeuvre est une prescription d’une phase de l’intégration économique. L’intégration économique a quatre phases de base, à savoir : les accords de libre-échange, l’union douanière, le marché commun et l’union économique. Et la libre circulation des biens et des personnes est prévue à la troisième étape, c’est-à-dire au niveau du marché commun. Cela devait entrer en vigueur le 1er janvier 2014. On se rend compte que depuis un certain temps, des Etats se sont mis à ouvrir leurs frontières les uns à la suite des autres de façon tout à fait surprenante. En outre, la majorité des pays de la sous-région sont sous programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (Fmi). On pourrait penser que ça fait partie de ces urgences qui obligent les chefs d’Etat à se réunir pour se pencher sur un certain nombre de problèmes d’ordre politique et économique.  Cette ouverture des frontières est-elle dictée par la conjoncture économique ou par le programme économique que ces pays négocient avec le Fmi ?  On pourrait penser que cette libre circulation a été imposée parce que les Etats se sont donnés cette volonté en 2013. L’actualité économique dans la sous-région révèle que quatre pays sur six sont en crise, à savoir le Tchad, la Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo. Seuls le Cameroun et la Centrafrique ne le sont pas. Trois de ces pays sont en guerre et font face à une crise sécuritaire : le Cameroun, le Tchad et la Centrafrique. Cinq pays sur six sont producteurs de pétrole et sur les cinq, quatre ont véritablement une économie basée sur le pétrole. Et la chute du cours de pétrole qui tarde à s’arrêter a affecté leurs ressources. Ce qui fait que le Fmi est arrivé avec son programme parce que les ressources budgétaires ont été affectés non seulement par les prix du pétrole, mais aussi par les cours du cacao et du café pour ce qui est des pays producteurs comme le Cameroun. Le déficit budgétaire devenait important et la balance commerciale devenait déficitaire. Par ailleurs, les réserves s’amenuisaient au point que certains pays n’avaient plus rien. C’est sur la base de la solidarité communautaire que le Cameroun couvrait certains pays. C’est cette situation qui a amené le Fmi à signer avec ces pays des facilités élargies de crédit pour leur permettre de relancer leur économie et d’avoir plus de rigueur dans la gestion budgétaire. C’est-à-dire réduire le déficit budgétaire et exporter davantage pour non seulement limiter le déficit de la balance commerciale, mais aussi renflouer leurs devises.  Quels sont les obstacles à l’essor du commerce au sein de la Cemac ?  Il faut préciser qu’il y a encore des entraves à une véritable circulation, notamment à la frontière Cameroun-Gabon. Les choses paraissent plus effectives entre le Cameroun et le Tchad. Mais entre le Cameroun et le Gabon, il y a encore des entraves physiques dans la matérialisation de cette libre circulation. Au-delà, les conditions pour une véritable libre circulation ne sont pas encore réunies. Les textes signés récemment règlent la question juridique. Toutefois, il y a des questions qui persistent, notamment la mise en oeuvre effective de ce texte et les voies de communication. Aucune capitale de l’Afrique centrale n’est reliée à une autre par une route bitumée. Des efforts sont fournis mais tardent à produire des résultats. Prenons l’exemple de la route Sangmelima-Ouesso qui doit relier le Cameroun au Congo. Le Congo a achevé la réalisation de la partie congolaise, mais la partie camerounaise traîne le pas depuis 2010. Les financements sont disponibles, mais cet argent fait partie de ce qu’on appelle SEND (Solde encaissée non engagée). On a engagé ce projet, mais on n’arrive pas à décaisser parce que les travaux ne sont pas effectifs sur le terrain. Les travaux sont bloqués parce qu’il y a des procédures d’indemnisation qui ne sont pas arrivées à terme. Cela bloque l’avancée des travaux du côté camerounais sur une soixantaine de kilomètres. Pour une intégration économique véritable, il y a encore des questions à régler: harmoniser les politiques de transport, d’industrialisation et les politiques relatives au travail. Parce que la libre circulation telle que définie dans les textes, se limite au séjour des ressortissants des six Etats pendant 90 jours. Pas plus. D’autres questions ne sont pas encore réglées, et on espère que les chefs d’Etats vont accélérer le processus d’intégration. Le processus d’intégration en Afrique a connu une dynamique qui ne respecte pas toujours les canons en la matière. Car on a commencé par une monnaie unique avant de mettre en place tous les autres mécanismes. Or, en réalité, la monnaie unique, c’est l’étape ultime. On commence d’abord par mettre en place une zone de libre-échange, une zone douanière, un marché commun, une union économique et la monnaie unique suit.  Avec l’ouverture des frontières, quelles pourraient être les retombées de la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux sur les économies des Etats de la Cemac ?  L’intégration est la voie du développement économique de l’Afrique. Et l’intégration économique ou la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes est une étape majeure sur la route de l’intégration économique qui est un préalable au développement. Cela va renforcer le commerce intra-régional, améliorer la création d’emplois et avec tout ceci, l’industrialisation pourra porter. Si on arrivait à enlever les obstacles techniques au commerce (OTC), cela permettrait de booster le commerce intra-communautaire et d’ouvrir toute la sous-région à un marché beaucoup plus grand. 

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