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Des routes pour vendre

Après que le verrou de la libre circulation a été levé, les Etats de la CEMAC gagneraient à diversif

Le Cameroun, pays situé en Afrique centrale, partage ses frontières avec six autres Etats : le Nigeria, le Tchad, la République centrafricaine (RCA), la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale. Tous ces pays (exception faite du Nigeria) forment la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Une proximité géographique que ces pays voisins n’ont pas encore su mettre véritablement à profit compte tenu du potentiel. Du moins commercialement parlant. Sinon, comment expliquer, prenant le cas du Cameroun, qu’aucun de ses voisins ne figure ni parmi ses principaux clients, ni parmi ses principaux fournisseurs. En 2015, ce sont les Pays Bas qui étaient le premier client du Cameroun avec 16,3% des ventes et la Chine son premier fournisseur, avec 19,4% des achats, devant le Nigeria. La CEMAC, elle, au courant de cette même année, arrivait au sixième rang des partenaires commerciaux du Cameroun, avec 3,6% des échanges selon des statistiques officielles.  Des chiffres qui traduisent une triste réalité : les pays de la CEMAC commercent très peu entre eux. « Pour la période 2009-2011, le niveau des échanges intracommunautaires de la CEMAC a progressé pour atteindre 3,3% du commerce total, selon une dernière évaluation réalisée par le cabinet ITAQA Sarl, dans le cadre de l’étude portant sur la modélisation et l’évaluation de l’impact fiscal net de l’APE régional », peut-on lire dans la Note sur l’intégration commerciale au sein de la zone franc datant d’avril 2016. Ce document, comme de nombreux autres publiés avant, explique cette faiblesse des échanges communautaires par des difficultés connues. Des économies peu diversifiées, des infrastructures de transport peu développées, mais surtout « la persistance des obstacles à la libre circulation des biens et des personnes ». Ce dernier verrou vient d’être levé.  Le 6 octobre dernier, le gouvernement gabonais a levé l’obligation de visas d’entrée ou d’autorisations de sortie pour les ressortissants de la CEMAC. Idem pour la Guinée équatoriale, le Congo, le Tchad et la RCA. Sans oublier le Cameroun qui avait lui aussi déjà entériné l’acte additionnel de référence adopté lors de la Conférence extraordinaire des chefs d’Etat de 2013 à Libreville (capitale gabonaise) et qui supprimait formellement l’exigence des visas pour tous les ressortissants communautaires.  Si la volonté des politiques est aujourd’hui clairement affichée et concrétisée, elle seule, ne suffira pas à faire décoller le commerce au sein de cette communauté. Les frontières sont certes ouvertes. Reste à savoir : que vendre au voisin et comment faire circuler les produits ? Pour que les marchandises puissent transiter librement, il va falloir sans doute supprimer les barrières physiques. Selon de récentes statistiques, les coûts de transit pour le Tchad et la RCA représentent respectivement 52% et 33% de la valeur des exportations. En outre, « le trajet Douala (Cameroun) - principal port et point d’entrée régional - à N’Djamena (Tchad) et Bangui (RCA) par la route dure respectivement 15 et 10 jours ». Ceci en raison notamment de la multiplicité des contrôles et des tracasseries.  L’aboutissement du Programme de facilitation des transports et transit en zone CEMAC, notamment sur les corridors pilotes Douala-N’Djamena (1850 km) et Douala-Bangui (1455 km) est plus que jamais d’actualité. L’essentiel des échanges au sein de la CEMAC se faisant par voie routière. Ce sont ces infrastructures de transport développées qui vont assurer la mobilité des biens et des personnes. Ils pourraient aussi contribuer à stimuler les investissements intra-africains.  Confrontée à une crise (économique et sécuritaire) qui dure déjà plus de trois ans, la CEMAC a visiblement choisi de s’unir pour faire front. La libre circulation intégrale des personnes et des biens devrait aider à remonter la pente. La courbe de la croissance de la CEMAC qui ralentit depuis 2014.

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