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Plaidoyer pour le développement des activités du marché financier camerounais (Deuxième partie)

Conseil Expert Financier près les Cours d’Appel, Enseignant-Associé des Universités.

Revenant sur la période récente, le Cameroun est sorti de la zone de turbulence à la suite du rétablissement des grands équilibres financiers et économiques. Le taux de croissance moyen par excès enregistré depuis un peu plus d’une décennie se situant entre 4 et 5%, assorti d’un taux d’épargne intérieur d’environ 20% et un taux d’investissement de moins de 20%.  Dans ces conditions, il était difficile d’envisager un niveau de développement économique pouvant notamment se traduire par l’amélioration sociale, c’est-à-dire, des conditions de vie des populations. En effet, les études menées jusque-là sur cette question concluant qu’une telle spéculation ne pouvait se faire que sur la base d’un taux d’investissement de 25 à 30% pendant au moins deux décennies (Cf. pays asiatiques), pour assurer un taux de croissance durable (dont la configuration serait au mieux à deux chiffres).  C’est dans ce cadre que le Marché financier doit s’insérer, en tant qu’outil d’accompagnement.  En effet au plan théorique, depuis les travaux de Goldsmith, diverses études (LEVINE [1991, 1992] Saint-Paul [1992], Patrick [1996] …) ont montré qu’il y avait une relation favorable systémique entre le niveau de développement (du système) financier et le taux de croissance économique prospectif. De même, on peut aussi penser qu’il y a causalité réciproque entre les deux phénomènes. En d’autres termes, les conditions de développement économique peuvent requérir un certain niveau de développement financier (demand following approach) et le système financier peut aussi prendre les devants (supply following approach). Ces conclusions ont été confirmées par les résultats des études menées au plan empirique. A cet effet, dès 1873, Walter Bagehot dans une note d’étude intitulée « Lombard street : A description of the Money Market », explique que la caractéristique spécifique des marchés financiers anglais était la facilité relative avec laquelle ils pouvaient mobiliser l’épargne pour financer diverses opportunités d’investissements à long terme, non liquides. Cette facilité d’accès des entreprises aux apports extérieurs a été décisive pour la mise en place de nouvelles technologies en Angleterre.  Dans ces conditions, la création hier et aujourd’hui, l’activation du marché financier camerounais, se trouvent tout à fait justifiées notamment pour :  - Compléter l’infrastructure financière tout en la diversifiant, en offrant essentiellement des véhicules et mécanismes de financement de l’investissement long  - Promouvoir la finance directe, c’est-à-dire la désintermédiation financière.  On peut d’autant plus être motivé quant aux objectifs à atteindre, à l’observation des résultats encourageants obtenus par les premiers essais effectués dans le cadre du marché des effets publics négociables (s’agissant notamment des OTZ) et des premiers programmes d’emprunts obligataires et de la première cotation sur le compartiment des titres de capital (actions).  De la sorte, on peut « regretter » que la DSX n’ait pas pu ou su tirer avantage des opportunités qui se sont présentées, sur la place de Douala, dans le cadre des récentes opérations de levées de fonds réalisées ces dernières années sur le marché bancaire par un certain nombre d’entreprises de la place.  En conséquence, on est en amené à se poser la question du pourquoi ? Serait-ce l’éternelle question, mais pourtant fondamentale, de l’adéquation entre Offre et Demande ?  Une Bourse des Valeurs : comment ?  La mise en place d’une Bourse et ses chances de succès tiennent au respect d’un certain nombre de préalables relavant d’une part des conditions d’adhésion et d’autre part des conditions environnementales.  S’agissant des conditions d’adhésion, il s’agit d’une part (i) de la manifestation de la ferme volonté politique des pouvoirs publics de créer un cadre institutionnel favorable à la mise en place d’un marché financier et d’autre part (2) de l’expression par le secteur privé d’un besoin réel.  Les conditions environnementales quant à elles tiennent (i) aux conditions socio-économiques (environnement macroéconomique –politique de taux d’intérêts, taux d’inflation, dirigisme Vs libéralisation de l’économie, …), (ii) la qualité du cadre juridico-judiciaire et fiscal, (iii) l’état de l’environnement technico-infrastructurel (télécommunications, routes, …).  Si bon nombre de ces prérequis ont été respectés, il n’en demeure pas moins que le marché financier camerounais fait montre d’une certaine « inertie ».  Il serait à cet effet recommandable et recommandé que l’on procède à une rapide étude sous la forme d’une enquête notamment, visant à faire connaître les attentes des acteurs impliqués. On rappelle à cet effet, qu’un tel exercice a permis en son temps d’activer le Marché des effets publics négociables créé en 1994 et qui, ayant connu beaucoup d’attentisme dans son démarrage, a fait montre d’un dynamisme à la suite de la levée d’un certain nombre d’obstacles.  En attendant, une première lecture nous amène à noter quelques handicaps au bon fonctionnement du marché financier :  - La segmentation du marché ou de la cote, qui prévoit deux compartiments pour les titres de capital dont les conditions d’accès paraissent somme toute plutôt « élitistes ». On pourrait prévoir un compartiment « hors cote », pour permettre à la catégorie d’entreprise de moyenne importance de pouvoir accéder à la cote.  - Le coût global transactionnel en bourse semble peu compétitif au regard de la facturation bancaire pour une opération donnée. De même faudrait-il peut-être reconsidérer les choses au plan de la (lourdeur de la) procédure.  - La fiscalité mobilière dont l’effort d’amélioration doit être poursuivi s’agissant notamment du traitement des émissions à long terme, sachant que le marché financier est essentiellement de nature extravertie et par là, exposé à la concurrence et à la compétitivité. A noter que même au plan continental, on compte aujourd’hui près d’une trentaine de Bourses de valeurs mobilières.  - La levée de l’exclusivité qui avait été donnée aux seules banques d’avoir la qualité de Prestataires de services d’investissement (PSI) doit être officiellement annoncée, pour permettre l’entrée de nouveaux acteurs indépendants. Cette proposition pourrait permettre l’instauration d’une certaine concurrence dans cette branche d’activité et par là, servir de déclencheur. Cette ouverture a été bénéfique dans le cadre des transactions sur les OTZ, sans compter que cette position des pouvoirs publics était un cas unique dans le monde, de mémoire de praticien.  - La faiblesse constatée en matière de culture financière et d’information financière, commande que l’on engage (CMF, DSX, PSI) des actions particulières et ciblées en direction des émetteurs et du « petit investisseur », notamment.  Notre credo est que « QUE LE DEVELOPPEMENT DE LA FINANCE RIME AVEC LA FINANCE DE DEVELOPPEMENT ».

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