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« On ne gère pas l’entreprise comme une famille »

Désire Makan II, directeur général du cabinet Africa Business Solutions.

PAROLE D’EXPERT  Quel regard portez-vous sur la contribution de la PME au PIB national ?  La PME camerounaise comme toutes les autres PME, c’est quand même 80% en moyenne du chiffre d’affaires d’un pays. Au Cameroun, les PME représentent un peu plus de 90% du tissu économique. Juste ce pourcentage parle. Au Cameroun, les multinationales ne sont pas nombreuses. Ainsi que les grandes entreprises. On les compte au bout des doigts. Et généralement, ce sont des entreprises étrangères. Même au niveau des grandes entreprises, elles ne sont pas nombreuses. Toutefois, en 2015, les PME contribuaient à peine à 35% au produit intérieur brut du pays. Preuve que ces entités ne jouaient pas encore pleinement leur rôle de moteur de la croissance économique et/ou du développement. Je pense qu’il faut continuer à encourager les PME camerounaises, leur donner plus de moyens. Il faut leur donner par exemple la possibilité de financer leurs projets. Il y a des choses qui sont déjà faites. Le ministère des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa) a énormément innové et encourage les projets innovants pour donner une nouvelle dynamique aux PME.  Qu’est-ce qui peut justifier que les PME camerounaises ne soient pas performantes?  Il y a d’abord un problème de culture entrepreneuriale. Dans la façon de gérer l’entreprise au quotidien, il n’y a pas de bonnes pratiques. On les gère parfois comme s’il s’agissait d’une famille ou comme si on était à la maison. Alors qu’il y a besoin de structurer, de déléguer, de former. Que le problème soit comportemental ou émotionnel, la première chose c’est d’abord de l’identifier. La deuxième chose, ce sont les empreintes. Il s’agit de vieilles habitudes du genre « je suis comme ça », « je ne peux pas changer » qui ont la peau dure. La troisième chose, c’est l’absence de bonnes pratiques dans un monde de plus en plus globalisé où les choses ne se passent pas seulement au Cameroun.  La viabilité des PME ne repose-t-elle pas sur une véritable culture entrepreneuriale qui fait d’un promoteur davantage un entrepreneur qu’un homme d’affaires ?  Je pense que le développement de l’Afrique viendra par une prise de conscience collective de sa jeunesse qui ne subira plus, mais qui sera actrice de son destin. Lorsqu’on est acteur de son destin, on ne veut subir ni les sarcasmes d’une personne qui va vous importuner, ni quelqu’un qui va vous dicter la conduite à tenir. On a envie de rêver et surtout de vivre son rêve. L’entrepreneuriat au coeur du développement en Afrique, j’y crois. Je crois qu’il y a tellement à faire et que les seuls qui n’ont pas confiance au continent africain, ce sont les Africains eux-mêmes. Parce que les structures en place ne favorisent pas l’entrepreneuriat. Il n’y a pas de subventions, pas d’accompagnement pour les créateurs d’entreprises. Mais, si on a à l’esprit que c’est l’entrepreneuriat qui fera changer les choses, la donne ne sera plus la même. L’entrepreneuriat c’est l’économie. C’est le poumon d’un pays. Aucun pays ne s’est développé sans l’entrepreneuriat. Par ailleurs, il y a une diaspora avec du talent à revendre en termes d’expérience qui veut jouer sa partition dans le développement de nos pays. Et ces jeunes se retrouvent dans des cabinets d’avocats ou d’ingénierie, dans le monde de la finance, etc. Ce sont des créateurs d’entreprises en fait. Lorsqu’on parle de développement, cela fait référence à la création.  N’est-il pas urgent pour les entrepreneurs d’embrasser les secteurs de la production identifiés comme des niches créatrices de la richesse et pourvoyeurs d’emplois ?  En général, en termes de niches, je pense plus aux nouvelles technologies, l’immobilier (surtout avec les problèmes de logement que l’on connaît au Cameroun), le développement durable, l’écologie, l’eau. Dans ce cas seulement, le Cameroun n’est pas mieux loti. Il y a des structures qui peuvent se spécialiser uniquement dans le traitement des eaux usées. On a des problèmes de transformation et de traitement du plastique qui sont à explorer. Les opportunités ne manquent pas. J’ai même envie de dire qu’en Afrique, tous les secteurs sont porteurs.  Quelles sont les clés pour relever la compétitivité des PME camerounaises ?  En premier lieu, il faut investir sur la formation. Nous avons un problème en termes de ressources humaines. Nous avons des gens bardés de diplômes qui sont incapables de rédiger une simple correspondance. Est-ce parce qu’ils sont restés longtemps au quartier après leurs études ? Difficile de savoir. Seule la formation vous apprend un métier. Et l’expérience vous apprend à devenir maître de ce métier. Si quelqu’un n’est pas formé, il est plutôt contre-productif. La deuxième chose à faire, c’est la gouvernance. On ne peut pas gérer une entreprise comme une affaire personnelle ou de famille. Il faut déléguer, avoir le souci de son personnel, donner les moyens à ceux qu’on a formés ou qu’on a envoyé se former pour qu’ils puissent être effectivement prêts à relever les challenges que l’entreprise s’est fixés.

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