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Edito

Marchandages… non incitatifs

De quoi les entreprises camerounaises ont-elles peur ? Pourquoi sont-elles peu cotées à Douala Stock Exchange (DSX), officiellement inaugurée en 2003, et qui n’enregistre que trois entreprises ? La première entreprise, cotée en 2006, est la Société des Eaux minérales du Cameroun. La Société africaine forestière et agricole du Cameroun, en 2008, en est la deuxième. Et la Société camerounaise de palmeraie, en 2009, ferme le cercle. Voilà un nouveau outil de financement boudé par les entreprises locales, PME et grandes entreprises confondues, souvent handicapées par les contraintes financières. La grande majorité éprouve un grand besoin de financements nécessaires à leur structuration, leur modernisation, leur développement. Mais, la bourse de Douala n’est curieusement pas sollicitée. Comment comprendre ce paradoxe, alors que les responsables de la DSX ont placé haut la barre, en arrimant cette place boursière aux standards internationaux ?  Pourtant, les ambitions de la DSX étaient claires au lancement : compléter et diversifier l’offre de financement, élargir la gamme de placements offerts aux épargnants et investisseurs institutionnels et assurer la transparence des informations économiques et financières. La plateforme est conforme aux normes pour convaincre les sceptiques : le dépositaire central, les prestataires de services d’investissement (toutes les banques), les entreprises cotées, les chargés d’opérations, le système d’informations… De son côté, l’Etat a consenti les efforts pour l’accompagnement nécessaire, à travers notamment des incitations alléchantes contenues dans le code général des impôts. Des facilités sont accordées aux entreprises nationales qui veulent aller en bourse. Celles-ci peuvent ainsi bénéficier des exonérations ou des réductions de taxes sur les opérations réalisées à travers le marché. Manifestement, cela n’est pas suffisant pour les enchanter.  Du coup, on est tenté de penser que les pratiques peu orthodoxes qui caractérisent le milieu des affaires dans notre pays ne s’accommodent guère des règles de transparence à observer sur un marché financier. Pour avoir de bonnes analyses, il faut bien connaître l’entreprise : son chiffre d’affaires, ses résultats semestriels et annuels, des informations sur son taux d’endettement… Lesquelles données font l’efficience d’un marché. Or, elles ne sont pas souvent fournies par les entreprises camerounaises. Cela va sans dire que ce n’est pas la totalité du capital, par exemple, qui va dans la bourse. Mais, cela convainc peu nos entreprises. Il va falloir, sans doute, aller plus loin en imposant une sorte de recadrage juridique, étant donné que la loi (le code des investissements) le permet.  L’autre explication des experts : si certains chefs d’entreprise boudent toujours les incitations proposées, c’est sans doute parce qu’ils trouveraient leur compte dans les marchandages, le copinage avec leurs tutelles techniques et administratives. Les incitations d’impôts seraient minables par rapport aux magouilles autour des comptes. L’Etat devrait donc s’assurer que lorsqu’une entreprise réalise de gros bénéfices ou un certain chiffre d’affaires, elle soit automatiquement conviée à la bourse. En outre, les entreprises qui sont dans des secteurs d’activité de croissance devraient également y être poussées. Celles-ci devraient alors céder une part de leur capital au public. L’objectif étant la redistribution de la croissance. Ce n’est que lorsqu’on injecte les bénéfices sur le marché que la majorité peut en profiter. Tout le monde pourrait alors acheter les actions. Pour permettre au marché de prospérer et de contribuer au financement de l’économie nationale.

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