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« Ces pays devraient solidifier leur système fiscal »

Dr Mireille Bityé Mendomo, économiste, enseignant à l’université de Yaoundé II-Soa.

Au sortir de la réunion des ministres des Finances de la zone Franc le 5 octobre dernier, les participants ont évoqué la possibilité de relever le taux de pression fiscale. Cette mesure est-elle opportune vu la course aux investissements qui se joue dans la plupart des pays concernés ? De manière générale, la fiscalité est l’un des leviers déterminants qui favorise la croissance économique. Le principe dans la démarche fiscale est que, si l’activité productive augmente, les recettes fiscales suivent de manière significative. A contrario, la stagnation de la croissance pousse vers la recherche des recettes exceptionnelles ou l’augmentation de la pression fiscale. La question actuelle de l’opportunité d’un relèvement du taux de pression fiscale est théoriquement une mesure salutaire pour les pays concernés. Car, en se référant au principe d’automaticité fiscale, il ressort que relever le taux de prélèvement obligatoire engendre automatiquement l’accroissement de la rentabilité de l’impôt. Cependant, l’on ne peut tout aussi ignorer que plus la pression fiscale globale est lourde, plus la probabilité peut se révéler forte, que l’impôt surfacturé décourage l’effort productif, l’épargne et l’investissement, de façon à induire des distorsions. Au regard de ce qui précède, si la thèse de l’augmentation de la pression fiscale peut être justifiée dans les économies développées, qui présentent déjà pour la plupart un taux de croissance assez important, il me semble que tel n’est pas encore le cas pour les pays en voie de développement à capitaux faibles. Concernant les pays de la zone CEMAC, le Cameroun précisément, on peut clairement percevoir que cette mesure n’est pas une urgence, si je m’en tiens à sa politique gouvernementale d’encouragement de l’initiative privée interne et externe, d’après le DSCE. Et pour tout dire, dans le cadre de l’atteinte de l’objectif d’émergence du Cameroun projeté à l’an 2035, il n’est pas prudent qu’une telle mesure soit appliquée à l’économie camerounaise encore peu mature, face aux défis de la compétitivité internationale ambiante. Une lecture qui peut dans une certaine mesure, s’étendre dans l’ensemble des pays de la zone Franc  L’option du relèvement du taux de pression fiscale semble être un moyen d’éviter un ré-endettement rapide des pays de la zone Franc. Les deux sont-ils liés ? De fait, le taux de pression fiscale et l’endettement des économies sont des grandeurs macroéconomiques étroitement liées. S’intéresser à cette question me permet d’abord de préciser que l’impôt joue un rôle fondamental dans le développement financier, social et économique d’un pays. Pour toutes ces qualités légales revêtues par l’impôt, on peut bien percevoir qu’il est possible qu’une telle option puisse être bénéfique. Mais, compte tenu de la situation économique qui reste assez critique, le débat ne devrait pas être orienté dans ce sens. Il serait préférable pour ces pays de solidifier au préalable leur système fiscal en fonction des problèmes spécifiques à chaque pays. Les pays de la CEMAC surtout ceux qui sont inscrits comme le Cameroun dans le programme FEC (Facilité Elargie de Crédit) du FMI, gagneraient à poursuivre les réformes fiscales en insistant davantage sur la modernisation de leur système fiscal. En dehors des mesures de simplifications, d’informatisation et d’élargissement de l’assiette fiscale déjà initiées. Ces Etats devraient également penser à une sensibilisation de l’ensemble des parties prenantes afin qu’elles participent librement pour le recouvrement plus optimal de ressources fiscales. Ce qui aiderait à récupérer une partie importante de revenus dissimulés par de nombreux agents économiques véreux et à réduire au maximum les fléaux néfastes tels que la fraude et l’évasion.

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