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Grandes surfaces : les produits locaux en quĂȘte de visibilitĂ©

Les importations dominent la grande distribution. La production interne anime son potentiel pour gar

Parlant de la présence de marchandises made in Cameroon dans les rayons des grands commerces de Douala, les professionnels décrivent une situation identique avec des mots quelque peu différents selon l’angle à partir duquel ils apprécient l’état des lieux. L’écart est « notable » à en croire la délégation régionale du Commerce en parlant de ce que le jargon du métier nomme : référence camerounaise. En comparaison avec les références étrangères. Il s’agit de toute marchandise issue de l’industrie ou de l’artisanat locaux. Où l’on distingue par ailleurs, la taille, le type de conditionnement... Telle savonnerie suivant qu’elle fabrique des savonnettes de différents poids verra ses produits étiquetés et recensés autant de fois qu’ils diffèrent par leurs masses, leurs emballages. Ces produits-là, « sont trop peu nombreux », confirme en accentuant l’observation, Mathieu Tchuigwa, responsable du tout premier hypermarché de Douala, l’Atrium. Il parle ainsi sans en préciser la représentation statistique actuelle dans ce grand magasin qui trône près du boulevard Leclerc, car les données, tout en demeurant globalement stables, mutent progressivement. « Nous sommes à un rapport de 10% de produits issus de la production locale, dans notre volume d’achats locaux, contre 90% d’importés », annonce en revanche Daniel Makek, responsable des achats chez Sodicam, un holding qui regroupe des marques internationales comme Casino, Super U… Les marques locales ne sont pourtant pas « incapables », suggère M. Tchuigwa. Comme ce matin de septembre où il reçoit une démarche commerciale de la bouillie Dina. L’affaire se négocie comme des dizaines d’autres qui frappent aux portes de la prestigieuse enseigne. Chez Sodicam, on a même déjà expérimenté des « quinzaines camerounaises » durant lesquelles les locaux sont un peu surexposés. Et durant lesquelles, des lessives comme Mila, tiennent la dragée haute aux nettoyants importés. Le rendez-vous de la prochaine quinzaine est fixé : novembre. Plaidoyer Il faudrait néanmoins ouvrir davantage les portes de ce géant mondial de la distribution. Deux patrons de Pme qui poussent « péniblement » les portes de Super U et Casino plaident pour un assouplissement des conditions d’entrée dans les rayons. « Nous sommes toujours dans l’espoir d’y rentrer », explique Frank Dakayi, promoteur de Festi’Croch, fabricant de chips de plantains. Moins enthousiaste est Julie Hond, qui, vu la taille de sa toute petite entreprise de fabrication de farines alimentaires, préfère attendre une intervention publique pour assouplir les exigences posées par le distributeur. En hissant la barre à 50 millions de F de chiffres d’affaires ou en exigeant des paiements pour référencer et exposer ce qui se fait sur place, certains supermarchés expulsent de fait nombre de Pme locales. « Il faudrait pour qu’on en arrive à accroître leur nombre, que les règles de base soient bien connues: respect de la réglementation commerciale et de la norme, emballage et prix attrayants », précise M. Tchuigwa. S’il y en a qui peuvent tenir la route et affronter la concurrence, il faudrait aussi des moyens d’accompagnement, conclut-il. A la délégation locale du ministère du Commerce, l’on met l’accent sur l’état des lieux en recensant régulièrement la progression desdits produits dans les rayons. « A partir de cette connaissance, le gouvernement peut apporter des réponses adaptées. Or, il y en a qui traînent des pieds pour remonter l’information», regrette-t-on. Pour les petits producteurs comme pour leurs défenseurs, les pouvoirs publics seraient bien avisés de réagir davantage. « On a l’impression que certains préfèrent vendre des produits de leur propre cru », prévient M. Dakayi. L’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) reproche même aux «acteurs du secteur de la distribution » de « profiter » plus que tout autre « d’une croissance économique à laquelle ils n’ont pas contribué ». Prenant l’exemple de cent kilogrammes de patates achetés à Ngaoundéré à environ 2500 F et cent kilogrammes de manioc acquis à Akonolinga à 10.000 F, l’association estime dans une enquête récente que « dans les supermarchés de Douala et Yaoundé, le kilogramme de ces tubercules revient en ce mois de mai 2017 à environ 500 F ». En termes clairs, dans la chaîne de valeur, souligne l’Acdic en relevant l’essor des grands distributeurs qui va se poursuivre avec le géant Carrefour, « le distributeur gagne entre 2 et 5 fois plus que le producteur, ce qui est inéquitable ».

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