Quelle analyse faites-vous du marché du gaz domes tique au Cameroun, dans le contexte actuel marqué par des pénuries ? Je voudrais d’abord appor ter une nuance. La situation actuelle est présentée par la SCDP comme une tension d’approvisionnement plutôt qu’une pénurie généralisée. Mais pour un opérateur écono mique, une tension récurrente dans l’approvisionnement est déjà un signal qu’il faut prendre au sérieux. Le marché came rounais du GPL est un marché structurellement en croissance. La consommation progresse et les besoins des ménages, des restaurants, des petites industries et des autres uti lisateurs augmentent. Cette évolution est positive parce qu’elle traduit aussi une pro gression de l’utilisation du GPL comme source d’énergie. Mais, elle nous oblige à adapter nos infrastructures au même rythme. Il faut donc regarder le marché non pas uniquement à travers la disponibilité des bouteilles chez le distributeur, mais à travers toute la chaîne d’approvisionnement : production nationale, importation, transport maritime, réception portuaire, stockage, transport terrestre, emplissage et distribution. C’est une chaîne intégrée. Lorsqu’un maillon devient insuffisant, les tensions peuvent rapidement se répercuter sur l’ensemble du marché. Je tiens toutefois à souligner que des efforts im portants sont déjà engagés par les pouvoirs publics et notamment par la SCDP. Les investissements réalisés à Bo nabéri et le développement du projet de Terminal à Hydrocar bures de Kribi montrent que la nécessité d’accroître les capa cités est bien identifiée. Je ne considère donc pas la situation actuelle comme une raison de chercher des responsables. Je la considère plutôt comme un signal du marché. Et lorsqu’un marché nous indique qu’il existe une demande supérieure aux capacités disponibles, cela si gnifie également qu’il existe un besoin d’investissement. C’est là que le secteur privé doit pouvoir jouer pleinement son rôle aux côtés de l’Etat. Qu’est-ce qui justifie concrè tement les pénuries de gaz observées ces dernières semaines à l’échelle du terri toire national ? Il faut regarder le problème de ma nière globale. La SCDP a récemment expliqué les tensions par la combinaison de plusieurs fac teurs, notamment la hausse de la consommation, l’arrêt temporaire de la production de Bipaga, le retard de certains butaniers et la pression exercée sur les capacités de stockage. Il y a donc à la fois un problème de dispo nibilité du produit et un problème de logistique. C’est ce deuxième aspect qui mérite, à mon avis, davantage d’attention. Dans notre secteur, lorsqu’un navire transporte une cargaison de GPL vers le Cameroun, sa mis sion ne s’arrête pas lorsqu’il arrive au large ou au port. Il faut pouvoir le recevoir et sur tout décharger sa cargaison dans les meilleures conditions et dans les meilleurs délais. Si les capacités de stockage sont saturées au moment où le navire arrive, le navire peut être contraint d’attendre. Or, dans le transport maritime des hydrocarbures, le temps représente de l’argent. Une attente prolongée peut entraî ner des coûts supplémentaires : surestaries, frais portuaires, immobilisation du navire, coûts financiers liés à la cargaison et perturbation du programme d’approvisionnement. C’est pourquoi je considère que la capacité de stockage est une infrastructure de sécurité éner gétique, et pas simplement un équipement logistique. Selon des sources concor dantes, le Cameroun dispose de réserves de plus de 6 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Comment comprendre qu’avec un tel potentiel, le pays ait de la peine à assurer son auto nomie en matière de gaz domestique ? Ici, il faut distinguer deux choses : la disponibilité d’une ressource naturelle et la capacité indus trielle à la transformer en pro duit fini. Le Cameroun dispose effectivement d’importantes ressources en gaz naturel. Mais, avoir du gaz dans le sous-sol ne signifie pas automatiquement que nous pouvons remplir les bouteilles de GPL des ménages avec cette ressource. Entre les deux, il faut des investis sements. Il faut produire le gaz, le traiter, séparer les différents composants, développer les infrastructures nécessaires, as surer le stockage, le transport et finalement la distribution. C’est donc une question de valorisation industrielle. Les données de la SNH illustrent bien cette situation. Le Came roun produit du gaz naturel et dispose d’une production locale de GPL, notamment à travers Bipaga. Mais, cette production ne couvre pas en core l’ensemble des besoins du marché national. Nous devons donc continuer à importer pour assurer la sécurité de l’appro visionnement tout en déve loppant progressivement nos capacités nationales. Il ne faut d’ailleurs pas opposer les deux. Les importations répondent au besoin immédiat ; l’inve...
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