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« Il faut des terrains pour développer les palmeraies »

Dr Emmanuel Paul Nkoulou Ada, président du Comité de régulation de la filière des oléagineux.

La filière huile de palme connaît depuis plusieurs années déjà un déficit structurel de sa production nationale. Qu’est-ce qui fait problème ? On peut aujourd’hui situer le déficit structurel de la production d’huile de palme brute au Cameroun à 130 000 tonnes, en valeur nominale. En valeur réelle, ce déficit peut être plus avancé. La demande exprimée au niveau de la deuxième transformation (savonniers et raffineurs) se situe à 260 000 tonnes l’an, sur le plan nominal. Le véritable problème du déficit est qu’aujourd’hui, la production nationale (130 000 tonnes) est essentiellement fournie par les agro-industries que sont la Socapalm, Safacam, CDC et Palm Oil, qui ont pratiquement 60% de la production nationale et les producteurs villageois qui occupent sensiblement 40% de cette production. Encore que, dans la production villageoise, il y a une partie qui est avalée par les agro-industries dont la Socapalm et une autre qui est directement transformée par les petits producteurs. On note un problème de vieillissement des plantations tant à la Socapalm qu’à la CDC et Palm Oil. Ce qui nécessite un investissement important pour l’extension et la régénération des plantations. Ensuite, les changements climatiques contraignent la production. Troisièmement, les coûts de production sont élevés (intrants, équipements…). Les vieilles plantations comme celles de la Socapalm sont sujettes à des problèmes d’ordre social avec les riverains qui réclament des parts dans l’exploitation des terrains. Comment les unités de transformation d’huile de palme s’organisent-elles pour rester performantes malgré le déficit de la production ? Le taux de transformation de l’huile de palme brute en huile raffinée au Cameroun est de 70%. En 2016, les agro-industries nous ont fourni 130 000 tonnes d’huile de palme brute au lieu de 260 000 tonnes. Ce gap a été comblé par les importations. Cela signifie qu’il y aura toujours de la matière première pour les transformateurs afin qu’ils mettent sur le marché des produits nécessaires à la consommation (huile raffinée, savon). Au mois d’avril 2017, j’ai instruit une mission d’évaluation des capacités de ces unités de transformation sur l’ensemble du territoire et par ricochet, d’assainissement de la filière. Les résultats ont montré qu’il y a disponibilité de stocks d’huile raffinée. Que fait le comité de régulation pour s’assurer de l’approvisionnement du marché ? Le comité de régulation qui est une structure de veille logée au ministère du Commerce propose des mesures correctives pour améliorer l’approvisionnement régulier du marché et la disponibilité de la matière première, entre autres. Et pour faire face à ce déficit structurel, le comité a toujours demandé au gouvernement d’accorder une importation d’huile de palme brute à concurrence du déficit. C’est ce qui fait que les consommateurs ont pu bénéficier de 60 000 tonnes en importation à 5% des droits de douanes et exonérés de la TVA. Toujours dans le même sillage et compte tenu qu’en 2016, il y a eu une baisse de la production de l’ordre de 20 à 30 % et de manière prévisionnelle, le comité a, pour le compte de l’année 2017, demandé comme mesure de régulation, l’encadrement de l’Etat à l’effet d’autoriser à nouveau une importation de 96 000 tonnes d’huile de palme brute et de ses dérivés avec 5% de droits de douanes et TVA nulle. Quel est l’impact de ces importations d’huile de palme brute sur le budget de l’Etat ? Avec le démantèlement tarifaire qu’apporte l’Accord de partenariat économique (APE), il n’y a pas un impact très négatif sur les recettes de l’Etat. Il est vrai que cette huile est importée avec des exonérations et droits de douane de l’ordre de 5%. Mais, un mécanisme de rattrapage existe au niveau de la fiscalité intérieure. En effet, ces usines de transformation paient des impôts. Donc, la perte n’est pas sensible, puisqu’elle est compensée par le paiement des impôts. Si ces usines venaient à ne pas tourner, elles ne paieraient pas d’impôts et le déficit au niveau des ressources de l’Etat serait criard. Quelle est la contribution de la filière huile de palme dans l’économie nationale ? La filière huile de palme représente 9,5% du sous-secteur agroalimentaire et 28,5% du sous-secteur industriel. Elle est le troisième pourvoyeur en valeur ajoutée après les usines brassicoles et métallurgiques. C’est une filière à fort potentiel de croissance et pourvoyeuse d’emplois. La filière a investi 630 milliards de F et a pu offrir 50 000 emplois directs. Quels mécanismes pour permettre au Cameroun de relancer sa production et d’en finir avec les importations ? Les importations sont une mesure de court terme. Il faut des terrains pour développer de plus belle les plantations. Avec la ré- forme en cours sur le foncier, il y aura beaucoup d’amélioration pour permettre aux plantations agro-industrielles et des petits producteurs de s’étendre. Le gouvernement a mis en place une stratégie de développement de la filière huile de palme en termes de plantation. Les producteurs sont équipés de manière à booster leur production. Il y a plusieurs mesures d’incitation à la production qui sont développées dont la distribution des intrants aux producteurs.

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Commentaires

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    14months ago

    Bonjour. nLe Cameroun ferait mieux d'augmenter plutôt le rendement de la production d'huile de palme en améliorant les techniques de production auprès des instuts de recherches agricoles et universitaires, pour aussi diversifier et enrichir les produits dérivés de la transformation industrielle, entre autres les biocarburants.nSimon PierrenFRANCE

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