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Gouvernance comptable et financière

L’expert-comptable, un acteur de confiance

Ordre national des experts comptables du Cameroun ONECCA, est bien connu du public averti, c’est-à-dire du monde des affaires. Certes le grand public ne nous connaît pas, car nous sommes restés un peu timide en ma- tière de communication. Cela dit, au plan juridique, je souhaite utiliser une expression consacrée par le régulateur CEMAC et reprise par le législateur camerounais à savoir : « la profession comptable est une catégorie juridique unique dénommée expert-comptable et nul ne peut exercer la profession d’expert-comptable s’il n’est préala- blement inscrit au tableau de l’Ordre national des experts comptables ». Je vous fais remarquer en plus, que le système d’information dominant (le plus partagé) dans toutes les organi- sations est le système comptable, pas d’entité crédible sans la comptabilité, c’est pourquoi, il n’est pas laissé libre cours pour son utilisation. Ce sont les Etats qui l’encadrent à travers une législation spécifique qui est l’OHADA dans notre contexte. C’est pour dire que nous sommes une profession fortement encadrée par la loi camerounaise n°2011/009 du 06 mai 2011 relative à l’exercice de la profession comptable libérale et au fonctionnement de l’ONECCA, le règlement communau- taire CEMAC n°11/01-UEAC-027-CM -07 du 05 décembre 2011, et par les normes ; l’ONECCA est le tout premier membre de l’IFAC (International Federation of Ac- countants) parmi les trois que compte l’ Afrique subsaharienne. Soulignons qu’en matière d’information financière dans le monde, l’IFAC est l’équivalent de ce que la FIFA est pour le Football. Par ailleurs, l’ONECCA appartient également à d’autres prestigieuses organisations internationales: la FIDEF (Fédération internationale des experts comptables francophones) ; et la PAFA (Pan African Federation of Accoun- tants) et ABWA (Association of African Bodies in West Africa) dont certaines par- ticipent au G20. Savez-vous que le monde ne dispose que de deux grands langages, celui des lettres et celui des chiffres, ce dernier est le plus ancien dans les plus vieilles civilisations du monde. C’est nous qui avons mandat de par la compétence de l’expert-comptable à le faire, au point que dans certaines sphères, l’expert-comptable est un acteur de confiance, d’où notre engagement d’en faire, dans le cadre de ce mandat, un véritable partenariat de confiance au Cameroun à l’horizon 2020 avec toutes les entités. Accompagnement des entreprises L’ONECCA joue un rôle important dans l’accompagnement des entreprises, mais aussi de l’ensemble des entités en général (secteur public, privé et société civile). Je voudrais l’illustrer par trois faits : en lisant le classement du Doing Business, vous verrez que le Canada est dans le peloton de tête, ce n’est pas le fait du hasard, il a de meilleures pratiques en matière de gouvernance comptable et financière. Cet Etat accorde plus d’importance à son accompagnement de la profession d’expert-comptable dans toutes ses réformes. En France, le président français Emmanuel Macron, nouvellement élu cette semaine, du temps où il était ministre de l’économie et des finances, a toujours accordé plus d’importance à la profession comptable. Il est une curiosité pour beaucoup de Ca- merounais et pas pour les membres de la profession, car, nous le côtoyions lors de tous les congrès français, en personne, parce qu’il travaille la main dans la main avec les experts comptables où leurs mis- sions occupent la première place dans la loi-macron, véritable cadre des affaires en France. Cela dit, sur le volet des entre- prises, c’est enfin l’expert-comptable qui apporte la meilleure sécurité financière de l’investissement. En effet, le grand public ne sait pas qu’avant d’entreprendre tout investissement, il faut requérir l’avis de son expert-comptable, car, c’est lui qui est garant de la sécurité économique et de la gouvernance financière du projet. C’est pour cela que le législateur a jugé nécessaire d’encadrer ce métier à tous les niveaux. L’information est la principale matière première de tout investissement. Expert-comptable, notaire, avocat : quelle différence ? Le notaire est comme une sorte d’officier d’état civil pour la naissance de la personne morale, mais les bons entrepreneurs avant de s’y rendre vont d’abord tester financiè- rement la capacité de robustesse de leur projet au niveau de l’expert-comptable, car c’est lui qui doit se prononcer sur les capacités de croissance, de rentabilité et de pérennité du projet, c’est le médecin économique et financier. Une fois le projet mis en œuvre, les acteurs en présence sont exposés aux conflits, c’est du ressort de l’avocat, et l’entreprise est aidée en cela par les conseils de l’expert-comptable qui appréhende mieux les risques financiers. Tout au long de cette existence, l’entre- prise a besoin des outils performants de gestion et met des systèmes en place. C’est l’expert-comptable qui, soit dans une démarche d’accompagnement aide à monter les comptes, soit dans celle de contrôle identifie les déficiences du sys- tème mis en place et les autres risques de gouvernance en sa qualité de commissaire aux comptes et participent à une meilleure lecture des rapports de gestion pour le devenir de l’entité. Malheureusement, comme il n’existe pas de risque « Zéro » dans les affaires, si par extraordinaire, l’entreprise arrive à succomber, c’est encore l’expert-comptable que le légis- lateur appelle pour produire le bilan de liquidation et procéder à celle-ci en bon père de famille, parce que le promoteur c’est avéré incompétent. Soutien à la croissance Pour l’Etat par exemple, l’ONECCA a une mission d’intérêt public, elle réalise donc un service public qui ne dit pas son nom, pour accompagner l’Etat en matière de régulation des membres. Et pour garan- tir une meilleure gouvernance de toute institution sérieuse, cette mission est à la base de la croissance. En effet, il n’existe pas une seule institution crédible qui ne recourt pas à son expert-comptable pour la mission de commissariat aux comptes. C’est l’expert-comptable qui aide l’Etat et les entreprises à présenter leur assiette fiscale grâce à l’information issue des états financiers (Bilan, compte de résultats, flux...). Les membres de l’ONECCA sont avant tout, les garants de la bonne information financière utilisée par l’Etat, car c’est sur la base de l’information finan- cière et comptable fournie qu’une bonne partie des comptes de la nation est éta- blie, il en est ainsi partout dans le monde. Toutefois, les normes ne nous donnent qu’un devoir d’avis, nous émettons une opinion et en la matière. Les utilisateurs de l’information sont libres de nous suivre ou non, car celui qui contrôle est toujours mal aimé, d’autant plus que les normes internationales d’assurance raisonnable que nous appliquons nous demandent de garder une attitude d’indépendance en tout point sans nous immiscer à la ges- tion, sauf quand il est dans les normes de procédures convenues. Espérance de vie des entreprises L’enquête de l’INS de 2009 publiée en 2010 a eu le mérite de rapporter que sur 100 entreprises créées, 97 meurent au bout de la sixième année où il n’en reste que 3. Il s’agit donc d’un taux de mortalité très élevé. A mon avis, on ne décrète pas qu’on est entrepreneur, c’est un métier qui a ses exigences. C’est vrai que l’entrepreneur fait dans le domaine des risques, mais, ce métier nous ap- prend qu’il faut les maîtriser. La même enquête nous montre que sur près de 94 000 entreprises existantes c’est à peine 13 000 qui tiennent une comptabilité. De ces 13 000, 10% à peine font recours aux membres de l’Ordre qui disposent de la qualité requise. A mon avis, on ne demande pas aux entrepreneurs d’être des experts comptables, mais on leur demande de se faire assister par eux, pour être déjà sûr qu’ils sont dans un processus de création et non de destruction des richesses. Beaucoup d’entrepreneurs se lancent dans des projets où ils n’ont pas du tout de visibilité. Or, la visibilité se donne à travers l’information prévisionnelle où les comptes prévisionnels peuvent vous rassurer sur la qualité de vos hypothèses. Beaucoup ne savent pas faire la différence entre un résultat net, une marge et une capacité de financement... La croissance même n’a pas besoin que de quantité, elle a aussi besoin de qualité et c’est nous qui avons la meilleure lecture de ces états. A titre d’exemple, une Déclaration Statistique et fiscale (DSF), est une information essen- tiellement comptable avec 42 planches et 865 lignes d’informations remplies dans ces planches. L’expert-comptable dispose d’une capacité exclusive d’expliquer 664 de ces lignes soit près de 70% en compré- hension, y compris en fiscalité parce que chaque ligne comptable comporte une fiscalité dont il traite à la base. Missions De manière générale, nos principales mis- sions peuvent se réduire à celles-ci : les membres de l’ONECCA aident le législateur à mieux rendre les décisions de justice par leurs rapports dans les missions d’exper- tise comptable judiciaires. Ses membres disposent de la capacité d’accompagner l’Etat dans la dimension de la gouvernance financière sous toutes ses réformes. Pour l’instant, l’Etat n’utilise que la capacité de son évaluation des projets de déve- loppement dans les audits. Les membres de l’ONECCA accompagnent le client, les bailleurs de fonds, et les banques à diminuer l’asymétrie dans les projets à financer, en leur donnant une meilleure visibilité de leurs engagements. Ces membres aident aussi les organisations de la société civile, maillon important du développement du- rable, à prouver leur légitimité au niveau de la qualité de leur gouvernance, (les ONG, les partis politiques, les syndicats, le monde cultuel...). Nous collaborons bien, mais pas suffisamment avec les autorités de gouvernance. En clair, nous n’avons pas un degré de collaboration où ils peuvent ressentir vé- ritablement notre apport. Les assises de Madagascar en 2016 ont démontré cela, les pays anglo-saxons de l’Afrique contribuent mieux avec leurs Etats, le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, l’Ouganda... Des enquêtes ont été réalisées directement par l’IIFAC, je ne tenais pas d’ailleurs un même langage avec le représentant de l’Etat du Cameroun qui était à ces assises, alors que pour ces pays cités, les Ordres d’experts comptables étaient en parfaite harmonie, avec leurs Etats, ils sont tous impliqués dans les réformes dans leurs Etats de bout en bout, les bailleurs de fonds apprécient. Parfois, nous sommes très loin des réformes de notre pays où on fait même appel à des experts inter- nationaux qui viennent encore recourir à nous pour terminer leurs dossiers. Lors du dernier forum sur les investissements au Cameroun, l’Ordre n’était même pas invité. Qui peut mieux parler des risques de l’investissement qu’un expert-comptable. Je crois que nous allons communiquer sur la déclaration d’Antanarivo qui pose le problème qui est par ailleurs d’actualité partout dans le monde.

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