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L’Etat doit y voir plus clair…

C’est un terme qui enrichit le vocabulaire du milieu des affaires : le Crowdfunding. Un mot tiré de l’anglais, qui signifie littéralement « financement par la foule ». Selon les experts, le Crowdfunding est un mécanisme de financement participatif, via les plateformes numériques qui permettent de collecter des fonds, pour réaliser des projets des entreprises (petites ou moyennes). On ne peut parler de Crowdfunding sans parler de Crowdlending, qui est une forme de prêts en ligne. Les hommes de médias en ont parlé abondamment la semaine dernière, à la faveur de l’atelier national organisé sur le thème : « Le Crowdfunding : un financement participatif au service des Petites et moyennes entreprises ». Dans leur grande majorité, les acteurs des secteurs public et privé intéressés ont effectué le déplacement de Douala pour la circonstance. Mais que retenir de ces rencontres entre experts ? Comment ce mécanisme fonctionne-t-il ? Et comment l’économie peut-elle en tirer meilleur parti ? Le cadre légal et réglementaire est-il propice à cet appel de fonds via Internet ? Autant de préoccupations auxquelles notre analyse tente d’apporter des réponses (lire également l’Enquête Business Pp. 10-12).

Ce modèle de financement de l’économie n’est pas nouveau. Les entreprises désireuses lancent ce qu’on appelle des « Initial Public Offers », c’est-à-dire l’opération qui ouvre des prises de participation (la souscription) auprès des internautes. A partir de ce moment, on peut faire le Crowdlending ou le Crowdfunding proprement dit. Trois principales formes de Crowdfunding sont possibles. Le premier concerne le don. L’internaute, dans ce cas de figure, apporte le soutien financier au projet sans contrepartie. Deuxièmement il y a le prêt rémunéré ou non rémunéré : l’investisseur accorde un prêt avec ou sans intérêt. La troisième possibilité c’est l’investissement en capital. Ici, la collecte de fonds se fait sous forme de souscription d’actions ordinaires ou d’obligations. Bien ficelé et bien mené, le Crowdfunding offre, sans nul doute, une grande visibilité aux porteurs de projets, aux particuliers, aux associations, aux start-ups ou collectivités locales, en quête de crédit ou qui veulent placer leur capital. Les débuts de ce financement participatif sont prometteurs au Cameroun, où quelques chiffres illustrent bien cette belle entame. La Silicon Mountain a, par exemple, mobilisé 1,3 milliard de F CFA en 2019, pour réaliser son expansion. Tout comme l’entreprise Wills And Brothers, promotrice du Drone Africa et dirigé par le camerounais Wilfried Elong, qui a levé le même montant un an plus tôt. Au plan continental, la Banque mondiale estime que le potentiel du Crowdfunding de l’Afrique en 2025 sera de 1 375 milliards de F. Le Cameroun occupe le 18e rang en Afrique en termes de levée de fonds via ce modèle économique. Si ce mécanisme est très utile à l’économie, il reste qu’un tel flux d’argent peut ouvrir les portes à des pratiques et usages nocifs tels que le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, etc. Etant donné que les transactions à travers le Crowdfunding sont essentiellement virtuelles, notamment via Internet, et par conséquent difficilement trasables. La nature du financement par le Crowdfunding est telle qu’un contrôle légal au sens strict est difficile pour le moment, au plan national. Tout en obéissant au principe de la loi de l’offre et de la demande, il est important que l’auto-régulation par les acteurs soit privilégiée. Cela ne devrait pour autant pas exempter l’Etat de réguler le secteur. Il est évident que des obligations transversales entre acteurs imposent parfois le respect des normes définies de commun accord. Et celui qui les enfreint s’auto-exclut du circuit. Au-delà de l’auto-régulation, il serait judicieux d’accélérer la mise en place d’un dispositif légal et réglementaire au plan national, afin de mieux l’adapter au corpus de lois internationales complexes et particulièrement évolutives dans le domaine.

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