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Sud: Controverse autour d’un projet d’huile de palme

Un décret déclassant 66 000 hectares de terres dans le département de l’Océan suscite des inquiétudes des populations riveraines et de la société civile.

L es mains levées, les yeux rivés vers le ciel, Sa Majesté Romain Kowe, chef traditionnel d’Ebodje, arrondissement de Campo, département de l’Océan, région du Sud, prononce des mots difficiles à décoder par son entourage. La grise mine qu’il fait laisse planer un soupçon de désespoir. Il a « peur » de ce que deviendront les populations de sa contrée, depuis qu’une partie de l’Unité forestière d’aménagement (UFA) 09-025 a été déclassée. En effet, le 11 novembre dernier, le Premier ministre a signé le décret N°2019/4562 portant déclassement d’une parcelle de forêt de 60 000 hectares relevant du domaine privé de l’Etat. Le texte précise en son article 1er que la parcelle (située dans les arrondissements de Campo et Niété et faisant partie d’une superficie de 88 147,84 hectares incorporée au domaine privé de l’Etat au titre de forêt de production par décret N° 2005/052/PM du 4 février 2005) sera affectée à la production agricole. Avec ce décret du Premier ministre, l’autorité traditionnelle craint que l’ambition de la société Camvert Sarl de solliciter 60 000 hectares de terres dans la zone pour construire un complexe agro-industriel de production et de transformation d’huile de palme, ne devienne une réalité. 57 000 hectares seront exploités du côté de Campo et 3000 hectares à Niété. Du 30 décembre 2019 au 4 janvier dernier, les audiences publiques relatives au rapport de l’étude d’impact environnemental et social du projet ont été organisées dans les deux zones d’influence du projet. Avant cette date, la sous-préfecture de Niété confirme que le 8 décembre, c’est-à-dire quatre jours avant la signature du décret susmentionné, Camvert est venu distribuer des denrées alimentaires (cartons de poisson, sacs de riz…) aux populations. De fil en aiguille, il y a une levée de bouclier autour du projet. Les populations voient d’un mauvais œil ce déclassement qui aura un impact sur leurs activités traditionnelles de chasse et d’agriculture, considérées comme leurs principaux moyens de subsistance. Du point de vue cultuel également, ils ne veulent pas voir leurs forêts sacrées détruites. La société civile est aussi aux aguets. Dans un communiqué daté du 27 novembre dernier, une quarantaine d’organisations de la société civile spécialisées dans les questions environnementales ont unanimement exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis du projet. Sa mise en œuvre pourrait menacer la biodiversité du parc national de Campo Ma’an, constituée de « 26 espèces de mammifères moyens et grands dont les Big Five de la forêt à savoir l’éléphant, le buffle, les grands signes (gorille et chimpanzé), la panthère et le pangolin géant… Elle abrite également une flore très riche de plus de 60 espèces… », précise le communiqué. Du côté de Camvert Sarl, l’on est rassurant. Lors des consultations publiques tenues les 11 et 12 septembre 2019 à Campo et Niété, son représentant, Abdoul Fattahi, avait expliqué que l’initiative est portée par les nationaux. Le projet devrait coûter 150 milliards de F en termes d’investissements avec, en perspective, la production de 150 000 tonnes d’huile de palme. Il devra permettre de créer 6000 emplois directs et plus de 15 000 emplois indirects. Il est également prévu la construction d’infrastructures socio-économiques de base : plus de 100 forages d’eau potable, plus de 10 écoles, plus de 10 centres de santé et une unité de traitement des eaux usées pour la production du biogaz et de l’engrais.

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