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Contrebande, fraudes et contrefaçon: le gouvernement intensifie la lutte

Ces actes délictueux sont sortis des chroniques des faits divers pour devenir une véritable gangrène pour l’économie. Les chiffres des pertes atteignant des centaines de milliards de francs. Les administrations publiques en ordre de bataille.

Entre les mois de janvier et juin derniers, la Direction générale des douanes, à travers son opération dénommée Halte au commerce illicite (HALCOMI), a recouvré 900 millions de F au titre d’amendes sur la contrebande. Dans le même registre, au mois de juin dernier, la Brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes du ministère du Commerce a saisi 6000 feuilles de tôles ondulées non conformes à Douala, des cartons entiers de boissons et de produits alimentaires frauduleusement entrés dans la marché, ou impropres à la consommation. Dans la région de l’Extrême-Nord, au mois d’avril, l’opération HALCOMI a permis de mettre 25 tonnes de sucre de contrebande hors du marché. Plus tôt, en janvier 2019, c’est tout un navire lour
dement lesté de marchandises diverses en provenance d’un pays voisin qui a été arraisonné à Douala… Au total, entre 2016 et 2019, la Direction générale des douanes déclare 1,54 milliard de F collectés en droits compromis et 977 millions de F d’amendes recouvrées par l’opération HALCOMI. Ce sont là de petites victoires, mais significatives, auxquelles il faut ajouter quelques autres enregistrées par la gendarmerie nationale, la police et l’ensemble du système de surveillance et de lutte contre la contrebande, les fraudes et la contrefaçon. Toutes encourageantes qu’elles soient, au regard des faits et des chiffres, ce ne sont que des coups d’épée dans l’eau trouble et profonde d’un phénomène qui intrigue par son caractère itératif et récalcitrant. Au point de susciter interlocution et questionnement chez les observateurs de la scène économique : qu’est-ce qui motive tant les contrevenants malgré les déconvenues dues à l’action de la Douane, du ministère du Commerce et des forces de l’ordre ? Quelle est la vraie ampleur de ces phénomènes ? Quels sont les produits et secteurs les plus impactés ? Est-il possible de venir à bout de cette hydre et comment ? Bien qu’il ne soit pas facile d’évaluer avec certitude les pertes réelles dues à la contrebande, aux différentes formes de fraude et à la contrefaçon, une étude réalisée en 2018 dans le cadre de la deuxième phase de l’opération HALCOMI – elle a été lancée en 2016 – parle de plus de 250 milliards de F par an. Le même rapport informe que sur le plan interne, la contrebande à elle-seule cause 100 milliards de pertes à l’économie nationale, soit en valeur relative 40% des dégâts globaux. A l’évocation de ces chiffres, il devient difficile d’indexer seulement l’extrême longueur et la porosité des frontières avec des pays comme le Nigéria et ceux de la CEMAC. En réalité, de nombreux analystes pensent que ces facteurs sont juste des adjuvants au goût du lucre qui anime les contrevenants, pour la plupart des importateurs. Le business honni serait tellement lucratif que même les pertes infligées par le système de contrôle et de répression ne parviennent pas à les dissuader… Du coup, ce sont des secteurs entiers de l’économie qui s’en trouvent pénalisés. En 2015, par exemple, selon le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM), l’industrie du tabac avait perdu 4 milliards de F du fait de l’activité des contrebandiers et contrefacteurs. Dans le même temps, le secteur agroalimentaire subissait 1,5 milliard de pertes. A ces deux secteurs, on peut ajouter à la liste des victimes les liqueurs, spiritueux et boissons diverses, les matériaux de construction, le textile, les médicaments avec la contrefaçon de plus en plus répandue des produits médicaux, la contrebande du Tramadol et d’autres drogues, etc. Un vaste réseau qui n’impacte pas seulement l’économie, mais aussi des domaines sensibles de la vie sociale comme la santé et l’environnement. Les efforts consentis par les différentes administrations (Mincommerce, Direction générale des douanes, gendarmerie, police, etc.) impliquées dans la lutte pour l’éradication ou tout au moins la réduction à sa plus simple expression de ces phénomènes doivent pouvoir trouver dans ces causes sociales une énergie nouvelle, un motif supplémentaire pour aller au bout du combat. 

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