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L’argent, le nerf de la « diversification »

La publication par la Banque centrale des données sur le marché du crédit dans la CEMAC offre l’occasion d’interroger l’utilité des concours financiers accordés par les différents établissements de crédit au développement des économies de la sous-région. Des pays qui peinent aujourd’hui à conduire convenablement leurs différents projets en vue d’atteindre l’émergence souhaitée parce que ralentis, soit par des menaces sécuritaires, soit par des chocs exogènes (chute des cours des matières premières) inévitables du fait de leur forte dépendance vis- à-vis de l’extérieur. Dans un tel environnement, le rôle du système financier peut  en effet 
s’avérer plus que déterminant pour soutenir non pas seulement les Etats, mais davantage le secteur productif, celui-là même qui crée la richesse et les emplois. Dans la sous-région CEMAC, comme au Cameroun, les petites et moyennes entreprises (PME) constituent l’essentiel de ce tissu productif. Pourtant, la répartition des crédits accordés par les établissements de crédit de la zone montre clairement qu’elles ne sont pas les premiers bénéficiaires. Ni en termes de volumes, encore moins de coût. Les crédits accordés aux PME et aux particuliers sont les plus chers, avec des taux respectifs de 16,22% et 12,61% dans la CEMAC. Des intérêts certes à la hauteur du risque que représentent ces catégories de clients de l’avis des banquiers, mais pas de nature à soutenir le développement de ces PME qui, on le sait, manque cruellement de ressources. Contrairement aux grandes entreprises qui, en plus d’être bien servies, obtiennent de l’argent à des taux presque dérisoires. Tout se passe comme si les banques ne prêtaient qu’aux riches. Il faut néanmoins voir derrière cette préférence certes condamnable pour d’aucuns, un choix avisé, vis-à-vis de ressources dont les banques ne peuvent pas réellement disposer à leur guise. L’épargne collectée étant essentiellement constituée de dépôts à vue, les banques se doivent de modérer leur prise de risque. Ce qui par conséquent, limite les prêts à maturité moyenne et longue, pourtant indispensables pour le financement des investissements comme le souligne la Banque centrale. S’il est établi que l’argent est le maillon manquant de la stratégie globale de développement des économies, il y a lieu de repenser le financement des économies de la zone. D’abord, en diversifiant l’offre. Le projet de création d’un marché financier sous-régional dans la CEMAC actuellement conduite par la BEAC tombe à pic. Cette source alternative de financement qui se met en place, ne pourra réellement changer la donne qu’avec l’adhésion des différents acteurs. Les entreprises (PME en l’occurrence) qui pourront s’y faire financer, à condition de jouer le jeu de la transparence. La diversification des sources de financement des Etats et entreprises de la CEMAC est en amont de la stratégie de relance des économies de la zone. La multitude des offres de financement pourrait comme sur tout marché, créer de la concurrence et obliger les banques à revoir leurs produits pour se rapprocher davantage d’une clientèle alors devenue sélective et exigeante. Ensuite, il est nécessaire de poursuivre et achever au sein des différents pays, le travail de structuration des entreprises qui, pour l’essentiel, évoluent dans l’informel. Ou à défaut, développer des mécanismes de financement adaptés au profil et à l’environnement dans lequel ces entreprises évoluent. Enfin, mettre en place des incitations pour orienter le choix des investissements. Ceux-ci devraient être alignées sur les priorités et les avantages comparatifs des différents pays. Le Cameroun pour sa part, a mis l’accent sur la transformation de ses matières premières locales pour réduire des importations devenues beaucoup trop lourdes en termes de dépenses. Dans cette entreprise, il est quasi-impossible de faire sans des PME solides tant financièrement que techniquement pour bâtir des industries de pointe. 

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