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Pour une gouvernance durable…

Que gagne l’Etat dans l’exploitation forestière au Cameroun ? A l’occasion de sa visite dans la région de l’Est, du 12 au 15 février dernier, Jules Doret Ndongo, ministre des Forêts et de la Faune, a révélé que le sous-secteur forêt et faune contribue globalement au produit intérieur brut (PIB) à hauteur de 4%. Cette contribution est largement en dessous des attentes des pouvoirs publics qui ont fixé la barre à au moins 10%. Dans les détails, les choses sont encore plus contrastées. L’Etat a distribué, par exemple, depuis l’an 2000, plus de 105 milliards de F ont été distribués aux populations riveraines et communes forestières de l’Est. Sur le plan du développement, la pauvreté dans les zones d’exploitation persiste. Les emplois créés sont saisonniers ou à durée déterminée. L’illusion de prospérité se volatilise avec le démantèlement des unités d’exploitation ou de transformation. Pourtant, l’Etat remplit son cahier de charges. Le cadre légal et réglementaire est attrayant et incitatif – la loi du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche. Dans un souci d’encadrement du secteur et pour une plus grande rentabilité, les pouvoirs publics ont segmenté les activités d’exploitation forestière en trois grands groupes : les unités forestières aménagées (UFA), les forêts communales et les forêts communautaires. L’objectif est de promouvoir l’industrialisation, le développement des communautés riveraines et l’augmentation des recettes de l’Etat. Mais, tous ces efforts tardent à produire les effets escomptés. Près de deux décennies après la réforme dans le secteur, les résultats de ces orientations stratégiques sont mitigés. A titre illustratif, les forêts reculent, laissant derrière elles le désœuvrement et la pauvreté… Dans les sites d’exploitation, on voit encore des habitats précaires, caractérisés par des logements en matériaux provisoires et autres planches. Utiles à plusieurs usages (domestique, économique…), les forêts constituent, de manière globale, un biotope exceptionnel. Elles charrient plusieurs enjeux. Faisant partie du bassin du Congo, la deuxième plus grande réserve forestière au monde après l’Amazonie, le massif forestier du Cameroun conserve encore l’essentiel de son potentiel. Et il faut inscrire la gouvernance de cet environnement dans la durée. La forêt, ce n’est pas seulement les arbres à couper. C’est un espace de vie. Elle est au cœur de la cosmogonie des peuples africains. Les riverains en tirent leur essence vitale, leur substance nourricière. La forêt permet de développer la pharmacopée traditionnelle et moderne. Puisqu’à partir de ses essences, l’on peut extraire des molécules pour fabriquer les médicaments. Les produits forestiers non ligneux tels que l’okok, le djansang, le moabi qui permet d’avoir de l’huile… sont comestibles. L’exploitation de ces ressources devrait répondre aux besoins des générations actuelles, sans compromettre la vie des générations futures. L’expérience de l’Amérique du Sud nous parle. La forêt amazonienne, premier poumon de l’humanité, est en train de reculer du fait de la culture intensive de soja et d’autres spéculations. La surexploitation de la forêt est une menace réelle. Il est plus facile de penser qu’on a une réserve forestière où on peut couper les arbres et créer des vastes plantations. Mais, elle peut s’épuiser. On ne doit pas perdre de vue les préoccupations de l’heure, à l’instar des changements climatiques. Et toujours penser à l’avenir, au futur. Le pari aujourd’hui est de concevoir un développement éthique qui doit être le socle d’une gouvernance durable de nos forêts.

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