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Abandon des marchés publics: Chiffres et contours d’un phénomène récalcitrant

L’Etat perd en moyenne 200 milliards de F par an à cause de cette mauvaise pratique. 343 entreprises coupables viennent d’être mises en demeure par le ministère des Marchés publics.

Il y a quelques jours, le ministère des Marchés publics a interpellé 343 entreprises coupables d’abandon de chantiers entre 2015 et 2017. Cette sortie remet au goût du jour une pratique qui au fil des années s’est incrustée dans les habitudes au Cameroun, entrainant de graves conséquences sur l’économie nationale. La première impacte directement la vie des populations, puisque la plupart de ces projets abandonnés (électrification rurale et construction de forages 32,7% d’abandons en 2015, édifices publics 55,8%, autres 11,5% dans la même période) sont destinés à améliorer leur quotidien. La seconde s’évalue en centaines de milliards de francs, puisqu’il est établi que l’Etat du Cameroun perd en moyenne 200 milliards de francs par an, à cause de cette pratique honnie, mais malheureusement rebelle. D’autres détails chiffrés tout aussi disgracieux parlent de 498 entreprises tombées sous le coup d’une interdiction de soumission à commande publique entre 2013 et 2018, 410 marchés abandonnés en 2015, 76 résiliés dans le même temps, etc. Une litanie de la honte qui malheureusement s’est transformée en une an tienne récalcitrante. Le récent communiqué du ministre délégué à la présidence chargé des Marchés publics, Ibrahim Talba Malla, sonne comme un coup de gond appelant à éradiquer le phénomène. Pour y parvenir, il convient cependant d’en identifier les origines et les ferments. A ce sujet aussi, les vieux démons sont aussi bien connus. L’inaptitude de nombreuses entreprises à exécuter certains types de travaux en fait partie. La modicité de leurs moyens techniques et financiers ne leur permet pas toujours de mener à bien et à temps les travaux. Une autre récrimination va à l’endroit de certaines administrations contractantes, où la corruption a pris racine. Selon le rapport 2017 de la Commission nationale anti-corruption (CONAC), sur une échelle d’évaluation allant de 1 à 10 points, le niveau de l’indice de corruption au ministère des marchés publics, par exemple, serait de 7,7. Ce qui en fait le ministère le plus corrompu du pays… Un autre fait qui pollue l’environnement des marchés publics au Cameroun, selon les analystes, concerne la prééminence de la règle du moins disant sur la décision finale d’attribution des marchés. Le résultat en est que les entreprises adjudicatrices des marchés ne sont pas toujours les mieux outillées, mais simplement les moins chères. Leurs offres au rabais sont donc généralement peu objectives. Du coup, lorsque les chantiers ne sont pas abandonnés, ils sont mal exécutés ou nécessitent des avenants. La pensée populaire qui dit que le moins cher peut parfois coûter cher, à ce moment, prend tout son sens. Du côté des entreprises, les retards dans les paiements des décomptes sont souvent indexés comme la première cause de la malfaçon, des retards et de l’abandon des chantiers. Ce sont là autant de problèmes auxquels les institutions publiques du domaine (ministère des Marchés publics, Agence de régulation des marchés publics (ARMP), etc.) doivent pouvoir apporter des solutions. En même temps que, selon certains spécialistes, les textes régissant ce secteur devraient être réformés en vue d’y apporter plus de transparence et de fluidité. Eloignant ainsi tous les opérateurs inaptes ou de mauvaise moralité. La lutte contre la corruption est une réalité indiscutable au Cameroun, mais une plus grande coercition, selon certains avis, ne serait pas de trop. De lourdes sanctions pécuniaires en guise de dommages à l’encontre des entreprises indélicates, pourquoi pas ?

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