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Lutte contre la corruption en 2017: Plus de 52 milliards de F recouvrés par l’Etat

Après dix ans d’activité, le rapport présenté par la CONAC vendredi dernier démontre une plus grande implication des institutions publiques et privées, de même qu’un intérêt grandissant des particuliers.
 

La Commission nationale anti-corruption (CONAC) ne pouvait espérer une meilleure sortie, dix ans après sa mise en œuvre effective. Vendredi dernier à Yaoundé, à l’occasion de la présentation de son rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2017 – c’est le huitième du genre –, cette institution a révélé quelques chiffres qui laissent penser que la volonté et les différentes actions menées depuis 2007 n’ont pas été totalement vaines. Il en ressort par exemple que le Cameroun a réalisé plus de 52 milliards de F d’économie au cours de la période concernée, grâce à l’action de la CONAC. La mise en  œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption, des Plans d’action régionaux et d’autres mécanismes de prévention et de répression de la corruption va permettre de recouvrer plus de 323 milliards de F. Sur les détails, les différentes institutions étatiques engagées dans cette bataille (CONAC, Conseil de discipline budgétaire, Tribunal criminel spécial, Agence nationale d’investigation financière, Chambre judiciaire de la Cour suprême, etc.) ont chacune à son niveau contribué à ce résultat. L’autre motif de satisfaction concerne l’implication de plus en plus significative des acteurs aussi bien du secteur public, du milieu des affaires que des particuliers et de la société ci vile. C’est ainsi que la CONAC a enregistré pas moins de 3 982 dénonciations à travers le pays et venant de l’étranger… De même, 51 contributions d’établissements publics et privés sont à féliciter. Plus encore, entre 2012 et 2017, le taux de réalisation des actions de lutte contre la corruption au plan national a crû de 6,01 points, passant de 27,3% à 33,31%. Certes nous n’en sommes pas encore à la vision idyllique d’un Cameroun complètement débarrassé de la corruption, mais tout au moins l’hydre commence visiblement à perdre des tentacules. Dans tous les cas, nous sommes loin des années où le Cameroun figurait au top du classement disgracieux des pays les plus corrompus du monde.  Et quelques esprits crédules envisagent même déjà, dans des délais raisonnables, un taux de corruption « acceptable », qui ne soit plus un frein au développement de l’économie nationale. Seulement, à l’évidence, sur cette voie, il reste du chemin à parcourir. A la lecture des chiffres de 2017, il apparaît qu’aucune région n’a atteint la moyenne de 50% dans la mise en œuvre des différents axes de lutte contre la corruption. Au plan national, bien que les 375 milliards de F d’économie réalisés soient un réel motif d’encouragement, la trivialité des évidences nous rappelle que nous ne sommes qu’à 33,31% de taux de réalisation. Une déduction simple démontre qu’en multipliant cette  performance par deux, nous pourrions approcher les 800 milliards de F de gain par an. En espérant faire mieux par la suite, pourquoi pas, si toutes les conditions nécessaires au changement tant souhaité sont réunies. Ce changement de paradigme pourrait par exemple passer par l’application stricte des lois (Code de procédure pénale, nouveau Code pénal) et conventions internationales (Maputo et Mérida). Plus spécifiquement, il faut ajouter à cet arsenal normatif l’article 51 de la loi n°2018/011 du 11 juillet 2018 portant Code de transparence dans la gestion des finances publiques au Cameroun, qui prévoit que : « (1) Les détenteurs de toute autorité publique, élus,  membres du gouvernement ou hauts fonctionnaires, font une déclaration de leur patrimoine en début et en fin de mandat ou de fonction. (2) Une loi spécifique précise les conditions et le périmètre d’application de ce principe et définit les infractions et sanctions en cas d’enrichissement illicite »… Cet édit, et tous les autres du même genre, loin d’indexer exclusivement les détenteurs de l’autorité publique, n’exemptent pas de leurs responsabilités les autres maillons de la chaîne. Car le corrupteur et le témoin muet, au même titre que le corrompu, sont tous coupables de ce qui aujourd’hui se présente comme le plus grand crime contre le développement du Cameroun.

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