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Hommage au théoricien du développement inégal

C’est un hommage que nous voulons rendre à un digne fils de l’Afrique qui a marqué plusieurs générations d’économistes africains, d’étudiants en sciences économiques, du milieu universitaire, du monde tout court. Par ses écrits, ses prises de parole... Il s’appelait Samir Amin. L’Egyptien est né en 1931 au Caire. Il s’en est allé le 12 août 2018 à Paris, en France, à l’âge de 87 ans. Cela fait exactement un mois, le 12 septembre, que cette bibliothèque s’est brûlée… Qui peut reprendre le flambeau de ce chantre du « développement inégal » ? Que retenir de l’immense contribution de Samir Amin à la pensée économique ? Il serait fastidieux et prétentieux de résumer entre ces colonnes l’immense oeuvre de ce professeur agrégé de sciences économiques. Avec le départ de Samir Amin, il faut en fait relever que c’est tout un courant de pensée économique qui perd son précurseur. Son livre phare, publié aux éditions de Minuit, à Paris, en 1973 a bouleversé le monde de l’économie du développement. « Le développement inégal. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique », mérite d’être lu, relu… par les jeunes africains. Le théoricien du développement inégal a toujours pensé et soutenu durant sa vie que le capitalisme tel qu’il est structuré, pratiqué, ne peut permettre le développement intégré des Etats périphériques. C’était une voix discordante, très audible. Sur les questions de la mondialisation, l’économiste a opéré un véritable hiatus épistémologique. Il aura particulièrement marqué et inspiré plusieurs auteurs tels que les prix Nobels d’économie Joseph Stiglitz, Amartya Sen (théoricien de la capabilité, de la science morale…). Lesquels ont d’ailleurs prolongé sa pensée. Samir Amin était, à la fois, un théoricien de la déconnexion, du non-alignement et un altermondialiste. Pour lui, il faut redéfinir l’ordre mondial basé sur le capitalisme financier. En fait, ce qu’il faut retenir de l’économiste engagé qu’il était est qu’il était l’un des derniers remparts contre l’ultralibéralisme tel que véhiculé aujourd’hui par la mondialisation à tout crin. Grand défenseur des jeunes nations africaines, il était un panafricaniste engagé. Il a accepté de conseiller le gouvernement malien de 1960 à 1963. Samir Amin a fondé, à Dakar, au Sénégal, l’Institut africain de développement économique et de planification. Tout comme, il a participé à la création d’Enda-Tiers Monde, l’une des premières Organisations non gouvernementales africaines. Dans un monde à forte tendance unipolaire et en manque de repères et de modèles, les jeunes Africains ont tout intérêt à relire cet érudit, pour mieux s’approprier son héritage. Il faut recommander la lecture de ses livres aux jeunes. Mais aussi à tous ceux qui aspirent dans nos pays africains au leadership. Au rang desquels les candidats du scrutin présidentiel du 7 octobre prochain. Dont les programmes économiques posent à plus d’un la question de leur socle et de leur ressort idéologique. Excepté le président-candidat dont la pensée contenue dans son ouvrage de référence, réédité et disponible depuis hier, et qui a en commun, avec Samir Amin, de proposer des boulevards de possibles face à l’inégalité des termes de l’échange, le développement socio-économique basé sur la libre entreprise au bénéfice de la communauté dans son ensemble.

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