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« La SONATREL permettra de réduire les délestages causés par le déséquilibre entre l’offre et la demande »

Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Energie (MINEE).

Monsieur le ministre, comment évaluez-vous l’offre et la qualité de service fournies dans les secteurs de l’eau et de l’énergie au Cameroun ?

Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de m’exprimer relativement à ces sujets si importants que sont la desserte de l’eau potable et de l’énergie. Je dirai d’entrée de jeu que des mesures d’urgence ont été prises pour améliorer l’approvisionnement en eau potable sur le territoire national. Dans la ville de Yaoundé, une extension de la station de traitement d’Akomnyada, d’une capacité de production additionnelle de 55 000 m3/jour a été construite sur financement État et EximBank US. Les équipements prévus sont tous à ce jour installés et en cours d’essais et de mise en service industrielle. La réception provisoire est prévue au cours du mois de septembre 2018. Les cinq pompes de refoulement vers Yaoundé de capacité totale de 180 000 m3/jour sont opérationnelles depuis juin 2017 et fonctionnent à environ 70% de débit en fonction de la demande exprimée. Cette demande est limitée par la capacité de pompage de la station de Nkoayos qui ne peut transférer pour le moment que 135 000 m3/jour au maximum, et dont les travaux de renforcement seront achevés au mois d’octobre 2018. En ce qui concerne le secteur de l’électricité, la SONATREL aura un rôle à jouer dans la réduction des délestages, lequel sera axé sur une meilleure gestion des flux d’énergie. Cette gestion passera par la fiabilité du réseau de transport à travers les lignes de transport d’électricité, les postes sources de transformation et les postes d’interconnexion électrique. La SONATREL permettra de réduire les délestages causés par le déséquilibre entre l’offre et la demande, du fait des défaillances liées au réseau de transport de l’électricité. Plusieurs investissements seront nécessaires pour rendre le réseau de transport de l’électricité plus fiable. C’est ainsi, que le gouvernement a élaboré en octobre 2015 un vaste programme de renforcement et de remise à niveau du réseau de transport de l’électricité. L’objectif visait d’une part à garantir l’évacuation à très court terme (2018) de nouvelles centrales de production dans le Réseau Interconnecté Sud telles que Memve’ele, Mekin et à court terme (2021) pour ce qui est de Nachtigal et d’autre part à assurer la sécurité N-1 du réseau de transport de l’électricité dans les trois Réseaux Interconnectés Nord, Sud et Est. Ce programme, qui nécessite la mobilisation d’un volume de financements de près de 1000 milliards de F est déjà en phase d’implémentation.

Le contrat de concession de Energy of Cameroon (Eneo) a récemment été prolongé sur une période de 10 ans, à partir du 18 juillet 2021. Quel est le nouveau cahier de charges de l’entreprise ?

Le contrat qui lie la société ENEO à l’État a été signé le 18 juillet 2015 par l’avenant n°2 afin de poursuivre la mise en oeuvre du contrat signé entre l’État et AES Sonel le 18 juillet 2001, pour une durée de 20 ans. Dans cette optique, le contrat qu’Eneo exécute actuellement sera à son terme dans trois ans, précisément le 18 juillet 2021. Suite à la demande d’ENEO à l’État de proroger le délai de sa concession de 10 années afin de disposer du financement nécessaire pour dérouler le plan d’investissement horizon 2031, l’accord de principe de proroger la concession de la société ENEO sur les segments de production et de distribution a été notifié au directeur général le 13 juin 2018. Toutefois, la partie gouvernementale travaille avec la société ENEO afin de relever tous les manquements du cahier des charges qui a été signé précédemment, à l’effet d’y ajouter les mesures contraignantes qui permettront à coup sûr, après la signature de l’avenant n°3 en cours de rédaction d’ici le 15 septembre 2018, d’assurer une continuité de la qualité du service public d’électricité à la population, d’accroître significativement le taux d’accès à l’électricité sur la période 2018- 2031 et d’accompagner l’État dans l’augmentation de l’offre énergétique de bonne qualité et à moindre coût.

A compter de 2019, le transport de l’énergie électrique sera entièrement dévolu à la Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL). Quels sont les préalables à mettre en oeuvre pour favoriser la réussite de cette mission ?

Le calendrier de l’opérationnalisation prescrit par le chef de l’État prévoit une SONATREL totalement opérationnelle dès le 1er janvier 2019. Mais, faut-il le souligner, cette opérationnalisation nécessite certains préalables, dont l’un des plus critiques est le transfert des actifs « transports » de la société ENEO vers la SONATREL. Toutes les parties prenantes travaillent sur la base d’un calendrier qui prévoit une période transitoire de six mois. D’autres actions dans le cadre de cette réforme sont en cours de finalisation. Il s’agit entre autres de la finalisation et de l’adoption d’un code des marchés, d’un code de réseau et de la signature entre la SONATREL et ses futurs clients des différents contrats. Il va sans dire que ladite entreprise effectue sa marche harmonieuse vers son opérationnalisation complète.

Dans la perspective de la CAN Total 2019, comment vous apprêtez-vous à relever le défi de l’approvisionnement en eau potable et en électricité dans l’ensemble des sites retenus ?

Rassurez-vous, nous avons cerné l’envergure de la tâche qui est la nôtre par rapport à la mise en place d’un service adapté pour les besoins de la CAN 2019, aussi bien sur les plans quantitatifs que sur les plans qualitatifs. Par rapport à l’amélioration en termes de quantité, il faut tout d’abord relever que le ministère des Sports et la CAMWATER ont signé une convention relative aux branchements de toutes les infrastructures devant abriter la compétition et l’ordre de service de démarrage a été notifié le 23 avril 2018. Ces travaux se déroulent sereinement sur l’ensemble des sites et leur fin est prévue pour décembre 2018. De même, des projets neufs sont en cours pour augmenter la production en eau potable, notamment le projet de neuf villes phase 1 qui concerne les localités de Bafoussam, Bamenda, Ebolowa, et Kribi est actuellement achevés. Spécifiquement pour la ville de Bafoussam, il permettra d’apporter une production additionnelle de 10 000m3/jour, de même que le raccordement de l’hôtel TAJIDOR de Bangou retenu pour la CAN. Le projet de neuf villes dans sa phase 2 comprend quant à lui les villes de Garoua, Maroua, Garoua-Boulai, Dschang, et Yabassi. Les travaux ont démarré à Garoua en vue de l’alimentation des centres hospitalier de Gaschiga et de Bocklé. Par ailleurs, j’ai instruit à la CAMWATER d’effectuer la revue de tous les branchements d’eau assurant l’alimentation en eau potable des hôtels retenus dans le cadre de la CAN 2019. Il s’agit de renouveler les branchements pour les adapter au calibre des besoins actuels des hôtels concernés. La CAMWATER a proposé les caractéristiques des groupes électrogènes de secours nécessaires pour l’autonomie énergétique des stations de captage, de production, de pompage et de reprise des villes concernées par la CAN 2019. S’agissant de la qualité, j’ai instruit la CAMWATER d’élaborer un plan spécial qualité qui permettra de renforcer le suivi de la qualité de l’eau avant et pendant la CAN 2019. Il s’agira de renforcer le dispositif de surveillance de la qualité sur le réseau, de s’assurer aussi bien dans les chantiers des hôtels, que dans les formations sanitaires, des processus de désinfection des réseaux internes avant leur mise en service et d’étendre la surveillance dans les réseaux internes des hôtels et formations sanitaires concernées. En définitive, je voudrais vous rassurer que les défis quantitatifs et qualitatifs seront maîtrisés pendant la CAN 2019.

Quelles stratégies pour résorber le déficit en électricité et répondre à la demande croissante des industries et des ménages ?

La demande en électricité sociale et économique est sans cesse grandissante. À titre d’illustration, pour que le pays soit émergent à l’horizon 2035, il faudrait environ 6 000 MW de capacité de production contre 1400 en 2018, plus de 6 000 km de lignes de transport contre 1 000 en 2018 et électrifier 10 000 nouvelles localités contre 4 200 en 2018. À court terme, les centrales hydroélectriques et solaires qui pourront contribuer à la réduction de la fracture énergétique sont Memve’ele sur le fleuve Ntem (85 MW en fin 2018 et le reste 126 MW en fin 2020), Mekin sur le fleuve Dja (15 MW en fin 2018), l’usine de pied de Lom Pangar sur le fleuve Sanaga (30 MW en fin 2020), Bini a Warak sur le fleuve Bini (75 MW en fin 2021), les centrales solaires de Guider (10 MW) et Maroua (15 MW) en fin 2018, les centrales solaires de Ngaoundéré (20 MW en fin 2020), la centrale solaire de Garoua (30 MW en fin 2020) et la centrale thermique à gaz de Limbe (350 MW). A moyen terme, des centrales hydroélectriques qui pourront contribuer à la réduction de la fracture énergétique. Il s’agit de Nachtigal amont sur le fleuve Sanaga, Songdong sur le fleuve Sanaga, Menchum sur le fleuve Menchum, Makai sur le fleuve Nyong, Njock sur le fleuve Nyong et Ngoyla sur le fleuve Dja. A long terme, les centrales hydroélectriques qui pourront contribuer à la réduction de la demande énergétique sont Kpep sur le fleuve Katsina’ala, Mouila Mogue sur le fleuve Nyong, Grand Eweng sur le fleuve Sanaga, Nachtigal aval sur le fleuve Sanaga, Kikot sur le fleuve Sanaga. Soit la mise en oeuvre des capacités de plus de 5 000 MW à produire d’ici 2030.

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