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Denrées alimentaires contaminées: la riposte

Au cours des derniers mois, les Camerounais se sont presque familiarisés avec des terminologies très peu ordinaires pour le commun des consommateurs : salmonelle entre décembre 2017 et février 2018, puis, il y a tout juste une semaine, listeria monocytogènes. Derrière ces noms rébarbatifs de bactéries, se cache le phénomène de denrées importées contaminées, dont la récurrence au Cameroun, sans qu’elle soit vraiment alarmante, commence à susciter des interrogations. A l’orée de l’année 2017, en effet, suite à l’alerte lancée par le groupe français Lactalis concernant la contamination à la salmonelle de certains de ses produits (des céréales et des laits infantiles en l’occurrence), les équipes de la brigade de contrôle et de répression des fraudes du ministère du Commerce avaient dû se déployer à travers le pays, pour sortir plusieurs milliers boîtes de ces denrées des étals. A Douala, 47 tonnes de lait infantile avaient été saisies et détruites au terme du processus en février dernier. Dans la foulée, le 20 février 2018, le ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales sonnait l’alerte concernant certains lots de jambons blancs de la marque Paul Prédault, contaminés au listeria monocytogèns. Ces épisodes stressants à peine digérés aussi bien par les consommateurs que par les commerçants, voici qu’en début de ce mois d’août, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) nous apprend que du maïs et des légumes (haricot, petit pois, carotte…) surgelés importés de Hongrie sont eux-aussi contaminés au listeria monocytogènes. Dans l’urgence, des mesures sont prises par le Mincommerce pour extirper du marché les denrées nocives. Seulement, au-delà des considérations phytosanitaires, il apparait que le péril des denrées contaminées touche aussi l’économie nationale. On a d’une part les commerçants, anxieux de se faire dédommager – c’est généralement le cas lorsque leur responsabilité n’est pas engagée dans la détorioration des produits incriminés – et d’autre part le marché tout entier, qui doit faire face à un phénomène à la récurrence inquiétante. D’où l’intérêt de trouver des réponses à diverses questions qui naturellement montent à l’esprit. Face à l’« agressivité » des pays développés, le Cameroun a-t-il les moyens de contrôler efficacement l’accès à son marché ? Quelle est la réponse du marché agroalimentaire local face à une demande de plus en plus exigeante en quantité et en qualité ? Dans cet environnement mondialisé, certes confronté aujourd’hui à un protectionnisme résurgent, le Cameroun peut-il raisonnablement se passer des importations ? Certes, la question de la protection des marchés est plus que jamais d’actualité. Mais encore faudrait-il pouvoir assurer son autosuffisance. Dans le cas spécifique du Cameroun, il apparait que le marché de certaines denrées de grande consommation est essentiellement approvisionné par les importations. A titre illustratif, il est rapporté que le Cameroun produit environ 170 000 tonnes de lait par an, loin de la demande nationale qui est de 300 000 tonnes. D’autres sources affirment même que 80% du lait consommé dans le pays est importé… Pour ce qui est du maïs, le pays a enregistré en 2015 un déficit annuel moyen d’environ 600 000 tonnes, selon la FAO. La production nationale suit difficilement la demande des industries notamment brassicoles et des provenderies et l’évolution des habitudes alimentaires, avec de plus en plus de Camerounais qui apprécient le surgelé. Pour équilibrer les exigences liées à l’ouverture des marchés et aux besoins quantitatif et qualitatif d’un marché de plus en plus capricieux, une batterie de mesures de veille et de contrôle a été mise en place. Le circuit part de la douane qui assure la veille au niveau des frontières terrestres et maritimes, passe par l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) qui fait le contrôle et certifie les produits admis sur le marché, jusqu’aux services du ministère du Commerce Les efforts combinés de ces différentes administrations ont jusque-là permis de circonscrire l’étendue des dégâts sanitaires (aucune contamination humaine n’a été enregistrée jusque-là au Cameroun). Mais certainement pas à éradiquer un phénomène économique des temps présentes, qui appelle à plus de vigilance, de la part de toute la chaîne de production, de contrôle et de consommation.

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