loader

« L’attractivité du Cameroun tient au potentiel qu’il représente »

Jean Claude Ebe-Evina, expert financier.

Le Cameroun compte aujourd’hui 15 institutions bancaires et des négociations en cours avec la Banque nationale de Guinée équatoriale qui veut investir au pays. Qu’est-ce qui attire tant les banques à investir au Cameroun?

Je commencerais par dire ou rappeler qu’un établissement bancaire est avant tout une entreprise. A ce titre, le projet d’installation d’une banque doit répondre aux exigences communes à tout projet d’entreprise. Il s’agit, pour être bref, à la suite d’une étude du marché, de procéder à l’élaboration d’un business plan (plan d’affaires) assorti d’un business model (modèle économique) pour en apprécier la faisabilité, en termes (d’intérêts ou de revenus) financiers. Ceci étant posé comme hypothèse ou préalable nécessaire, on peut à juste titre supposer que l’attractivité du Cameroun pour les banques tient au potentiel qu’il représente, à court et à moyen terme. Pour illustrer ce phénomène, on peut rappeler a contrario le départ massif de certaines banques connu à la fin des années 80. Il s’est agi essentiellement des banques d’origine américaine qui s’étaient installées au cours des « années glorieuses » marquées par le boom pétrolier dont elles étaient venues accompagner l’exploitation. D’autres atouts contribuant à l’attractivité du Cameroun peuvent être ajoutés tel que la géolocalisation du Cameroun, par rapport au reste de la CEMAC et les pays du couloir subsaharien, le redécollage économique attendu avec l’appui des partenaires au développement dont les interventions constituent un puissant indicateur pour les investisseurs étrangers (IDE). Enfin, notons que le projet d’installation de la Banque nationale de Guinée Equatoriale est un signal fort, qui vient en appui du mouvement d’accélération de l’intégration régionale dans le cadre de notre zone CEMAC.

Bien que le nombre de banques opérant au Cameroun ne cesse d’augmenter, le taux de bancarisation reste inférieur à 20%, pour une population de plus de 20 millions d’habitants. Qu’est ce qui explique ce gap ?

A l’explication du faible taux de bancarisation, on peut citer notamment : la concentration des établissements bancaires dans les métropoles, s’agissant essentiellement des 10 capitales régionales ; l’inéligibilité de la majeure partie de la population eu égard aux conditions d’accès, relativement à la faiblesse du pouvoir d’achat moyen ; le coût des transactions (opérations et services), jugé prohibitif pour/ par la plupart ; des produits peu innovants voire inadaptés, malgré quelques efforts notés ces dernières années. L’impulsion qui est venue des banques d’origines nationale et panafricaine qui réalisent des taux de croissance réguliers, semble être suivie par les filiales des banques étrangères ; l’impact, dans une certaine mesure et conséquemment à ce évoqué supra, de l’action des structures de financement endogènes ou « indigènes », à statut informel (tontines …) ou formel (établissements de microfinance-EMF).

Dans un environnement bancaire concurrentiel, que pensez-vous des stratégies engagées par les différents opérateurs pour rester en activité, compte tenu du foisonnement des institutions de microfinance?

Le marché bancaire global (banques, établissements financiers, établissements de microfinance) est pluriel. Partant de ce que nous avons dit ciavant, le business plan de chaque établissement est fondé sur le choix d’un certain nombre de facteurs tel : le statut juridique de la clientèle-cible (particuliers, entreprises publiques et/ou privées, Etat et assimilés, …), la nature de l’activité, la taille des clients visés, la situation ou l’implantation géographique, la nationalité ou l’origine des capitaux, etc. A noter, et cela n’est pas des moindres, que tout projet d’installation en tant qu’investissement doit pouvoir être envisagé dans le temps, c’est-à-dire s’inscrire dans la durée. Dans le cadre de son « plan d’attaque » ou plan de développement, eu égard aux facteurs sus-présentés, tout projet de banque commence par l’élaboreration une stratégie globale qui sera déclinée comme c’est le cas pour tout projet d’entreprise, en stratégies sectorielles ou spécifiques assorties d’objectifs tout aussi spécifiques à atteindre selon un échéancier déterminé. De ces stratégies sont développées des politiques qui en permettent la mise en oeuvre censée faire l’objet d’une appréciation (évaluation) au double plan quantitatif et qualitatif, pour justifier le maintien ou non de l’investissement, les points d’amélioration ou d’ajustements à apporter par rapport à la concurrence en perpétuel mouvement, en volume (nombre d’acteurs directs et indirects sur le marché) et en qualité (relativement à l’offre de services fonction de l’infrastructure matérielle et humaine).

Leurs activités profitent- elles aux clients et à l’Etat ?

Il est indéniable que les établissements de crédit participent au financement de l’économie au travers des services fournis aux opérateurs. De façon succincte, il ressort des statistiques que les principaux bénéficiaires des crédits sont dans l’ordre : les entreprises, l’Etat, les particuliers. La majeure partie des prêts (70-80%) sont réputés à court terme. Les banques contribuent à hauteur de 80% au financement des transactions économiques et financières, contre 20% pour les EMF.

Comment améliorer le climat des affaires dans le secteur bancaire ?

Cette question pour les banques renvoie à l’examen des conditions de « gestion du risque du crédit », s’agissant notamment du risque de contrepartie né des difficultés de recouvrement ou au final, de la survenance des impayés. Pour y remédier, on peut avancer quelques pistes de solution notamment la mise en place d’une stratégie de développement de la culture financière et d’éducation financière, ayant pour principaux objectifs la transparence, le réflexe de remboursement de la dette. L’élargissement de la palette des garanties, en particulier pour ce qui est de la PME (fonds de garantie, société de cautionnement mutuelle, instauration de mécanisme de garantie mutuelle intra-banque etc.) est souhaitable. L’amélioration du cadre « contentieux bancaire », s’agissant notamment des conditions de réalisation des garanties en introduisant des mécanismes d’allègement voire d’application sans condition est nécessaire. On note que le débiteur semble en général profiter de la faveur des tribunaux. Enfin, l’accélération du processus de mise en place de l’infrastructure informationnelle, à la suite de la Centrale des incidents de paiement (BEAC) : Credit bureau, Centrale de données (Data Base).

Partager cet article

Commentaires

    List is empty.

laisser un commentaire

Autres articles Ă  lire ...


Après les travaux préliminaires débutés e...


Le 30 octobre dernier à Yaoundé, les experts de la douane de l’Afrique centrale et de l’Ouest se sont séparés après deux jours d’échanges et de réflexions sur l’avenir de ce secteur névralgique, à l’aube de la création de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC). L’élaboration des premiers contours du plan stratégique triennal 2019-2022 en vue de faciliter les échanges en est la principale résolution. L’option de la mutualisation des forces, à travers entre autres, l’harmonisation des régimes douaniers et la nu...


La Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) tire la sonnette d’alarme. Le chiffre d’affaires des promoteurs des PME de la place est en baisse selon une récente étude réalisée en mars et avril derniers, disponible sur son site Internet. Sur un échantillon de 241 PME, 44,59% des chefs d’entreprises consultés dans le cadre de l’enquête baromètre 2018 reconnaissent une baisse de chiffre d’affaires en 2017.

L’enquête révèle en outre que les artisans ont été les plus affectés (65%) du fait des condition...