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Délocalisations des marques: Entre avantages compétitifs des entreprises et avantages comparatifs des pays (suite et fin)

DÉLOCALISATION ET AVANTAGES COMPARATIFS

 

Les délocalisations peuvent être considérées comme l’expression pratique des mécanismes théoriques qui sous-tendent le commerce international et le processus de production. Elles doivent en vérité se lire, à la fois, comme la conséquence du principe de libre concurrence et la résultante de la spécialisation internationale conforme à la théorie ricardienne des avantages comparatifs. Etant donné le fait que c’est un processus dont une des caractéristiques est de détruire les emplois à un lieu pour en créer dans un autre, on pourrait aussi les placer au coeur de la dynamique de « destruction créatrice » de l’économie décrite par Schumpeter . Cependant, l’écho autour du phénomène semble indiquer que la plupart des entreprises qui y font recours, tirent des avantages conséquents qui influent sur l’image du pays. C’est dire que l’implantation d’une usine de montage Toyota par exemple va faire croître le « made in Cameroon». Ceci vaudrait pour tout type de produit que l’on adopterait. Une attitude positive envers un pays semble pouvoir être transférée à ses produits en fonction d’une logique perceptuelle entre l’image du pays et le produit ou la marque. De la même façon, l’installation d’une marque peut contribuer à en attirer d’autres (concurrentes ou complémentaires). Ainsi, les délocalisations peuvent contribuer à améliorer la perception de l’avantage comparatif d’un pays.

UNE PERSPECTIVE STRATÉGIQUE DU PHÉNOMÈNE DE DÉLOCALISATION AU CAMEROUN

La répartition géographique des activités trouve son intérêt dans les échanges internationaux. La localisation des industries entre les nations dépend de leurs dotations en facteurs de production, du marché et de l’image (réelle ou perçue) dont elles jouissent. Le consommateur, dont l’intérêt est d’acheter au plus bas prix un produit d’une qualité certaine, est, en dernière analyse, le moteur de la concurrence. Celle-ci s’exerce autour des coûts du travail et du capital. Or une des caractéristiques de l’économie contemporaine réside dans la fragmentation du processus de production. D’une spécialisation par produit selon les pays, on est passé à une spécialisation par stade de production au sein d’une même industrie. Le processus de production est caractérisé par une segmentation de la chaîne de valeur (l’assemblage par exemple), ce qui peut donner lieu à une exportation préalable de composants tels que les tissus, les pneumatiques, les pièces détachées, etc. C’est aussi l’exemple des têtes laser de DVD fabriqués en Chine par certaines grandes marques européennes.

La région de l’Asie du Sud- Est constitue désormais le lieu de production privilégié des grandes marques. Cependant, la principale limite à cette fragmentation fondée sur une logique d’offre semble être l’importance des coûts de transaction (transports, droits de douane, contrôle aux frontières, difficultés de coordination,…). En marge de la logique de concurrence, se trouve la logique complémentaire. En effet, les délocalisations doivent être également appréhendées en termes de complémentarité dans le cadre d’une entreprise multi-produits ou de processus de production décomposable internationalement. Les économies des pays en voie de développement comme le Cameroun devraient saisir cette opportunité pour se positionner dans les chaînes de production internationale. Dans cette perspective, la délocalisation de certaines activités de production à l’étranger permet, entre autres, de stimuler davantage la création d’emplois, surtout les emplois à valeur ajoutée ; de contribuer à préserver et à détruire des emplois en permettant à des entreprises de demeurer concurrentielles ; d’acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles technologies ; d’accéder à de nouveaux marchés. La délocalisation comme stratégie d’entreprise permet sans doute à l’entreprise de bénéficier d’un certain nombre d’avantages, tant sur le plan compétitif que stratégique, surtout en termes de positionnement de l’entreprise mais surtout en termes de positionnement du pays. Un des défis de notre pays serait de faire partie de ce processus. Assurément, la fragmentation de la production et les délocalisations qui l’accompagnent peuvent, si elles sont convenablement approchées et encadrées, représenter une aubaine pour l’industrialisation camerounaise et son insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Pour l’heure, seul le secteur automobile semble bénéficier de cette dynamique. L’on observe la présence d’un certain nombre de points d’assemblage au Cameroun. Notons cependant, qu’avec la mise en service du port en eau profonde de Kribi, de nouveaux projets de délocalisation sont en cours dans ce secteur, notamment de la part des industries qui voudraient bénéficier de la position stratégique du pays pour faire écouler leurs produits dans le reste du continent. Par ailleurs, le Cameroun ne bénéficie pas encore des externalités positives liées à cette présence commerciale. En conclusion, le marché mondial est plein de produits fabriqués par transfert international des processus de production. Certes, la délocalisation peut être considérée comme une bouée de sauvetage pour les entreprises étrangères en mal de compétitivité, mais elle constitue aussi un levier important pour l’amélioration de la productivité, l’industrialisation et l’intégration du Cameroun au commerce mondial.

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DÉLOCALISATION ET AVANTAGES COMPARATIFS

Les délocalisations peuvent être considérées comme l’expression pratique des mécanismes théoriques qui sous-tendent le commerce international et le processus de production. Elles doivent en vérité se lire, à la fois, comme la conséquence du principe de libre concurrence et la résultante de la spécialisation internationale conforme à la théorie ricardienne des avantages comparatifs. Etant donné le fait que c’est un processus dont une des caractéristiques est de détruire les emplois à un lieu pour en créer dans un autre, on pourrait aussi les placer au coeur de la dynamique de « destruction créatrice » de l’économie décrite par Schumpeter . Cependant, l’écho autour du phénomène semble indiquer que la plupart des entreprises qui y font recours, tirent des avantages conséquents qui influent sur l’image du pays. C’est dire que l’implantation d’une usine de montage Toyota par exemple va faire croître le « made in Cameroon». Ceci vaudrait pour tout type de produit que l’on adopterait. Une attitude positive envers un pays semble pouvoir être transférée à ses produits en fonction d’une logique perceptuelle entre l’image du pays et le produit ou la marque. De la même façon, l’installation d’une marque peut contribuer à en attirer d’autres (concurrentes ou complémentaires). Ainsi, les délocalisations peuvent contribuer à améliorer la perception de l’avantage comparatif d’un pays.

UNE PERSPECTIVE STRATÉGIQUE DU PHÉNOMÈNE DE DÉLOCALISATION AU CAMEROUN

La répartition géographique des activités trouve son intérêt dans les échanges internationaux. La localisation des industries entre les nations dépend de leurs dotations en facteurs de production, du marché et de l’image (réelle ou perçue) dont elles jouissent. Le consommateur, dont l’intérêt est d’acheter au plus bas prix un produit d’une qualité certaine, est, en dernière analyse, le moteur de la concurrence. Celle-ci s’exerce autour des coûts du travail et du capital. Or une des caractéristiques de l’économie contemporaine réside dans la fragmentation du processus de production. D’une spécialisation par produit selon les pays, on est passé à une spécialisation par stade de production au sein d’une même industrie. Le processus de production est caractérisé par une segmentation de la chaîne de valeur (l’assemblage par exemple), ce qui peut donner lieu à une exportation préalable de composants tels que les tissus, les pneumatiques, les pièces détachées, etc. C’est aussi l’exemple des têtes laser de DVD fabriqués en Chine par certaines grandes marques européennes.

La région de l’Asie du Sud- Est constitue désormais le lieu de production privilégié des grandes marques. Cependant, la principale limite à cette fragmentation fondée sur une logique d’offre semble être l’importance des coûts de transaction (transports, droits de douane, contrôle aux frontières, difficultés de coordination,…). En marge de la logique de concurrence, se trouve la logique complémentaire. En effet, les délocalisations doivent être également appréhendées en termes de complémentarité dans le cadre d’une entreprise multi-produits ou de processus de production décomposable internationalement. Les économies des pays en voie de développement comme le Cameroun devraient saisir cette opportunité pour se positionner dans les chaînes de production internationale. Dans cette perspective, la délocalisation de certaines activités de production à l’étranger permet, entre autres, de stimuler davantage la création d’emplois, surtout les emplois à valeur ajoutée ; de contribuer à préserver et à détruire des emplois en permettant à des entreprises de demeurer concurrentielles ; d’acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles technologies ; d’accéder à de nouveaux marchés. La délocalisation comme stratégie d’entreprise permet sans doute à l’entreprise de bénéficier d’un certain nombre d’avantages, tant sur le plan compétitif que stratégique, surtout en termes de positionnement de l’entreprise mais surtout en termes de positionnement du pays. Un des défis de notre pays serait de faire partie de ce processus. Assurément, la fragmentation de la production et les délocalisations qui l’accompagnent peuvent, si elles sont convenablement approchées et encadrées, représenter une aubaine pour l’industrialisation camerounaise et son insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Pour l’heure, seul le secteur automobile semble bénéficier de cette dynamique. L’on observe la présence d’un certain nombre de points d’assemblage au Cameroun. Notons cependant, qu’avec la mise en service du port en eau profonde de Kribi, de nouveaux projets de délocalisation sont en cours dans ce secteur, notamment de la part des industries qui voudraient bénéficier de la position stratégique du pays pour faire écouler leurs produits dans le reste du continent. Par ailleurs, le Cameroun ne bénéficie pas encore des externalités positives liées à cette présence commerciale. En conclusion, le marché mondial est plein de produits fabriqués par transfert international des processus de production. Certes, la délocalisation peut être considérée comme une bouée de sauvetage pour les entreprises étrangères en mal de compétitivité, mais elle constitue aussi un levier important pour l’amélioration de la productivité, l’industrialisation et l’intégration du Cameroun au commerce mondial.

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