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Délocalisations des marques: Entre avantages compétitifs des entreprises et avantages comparatifs des pays

L’objectif de développement durable n°9 porte sur la construction des infrastructures résilientes, la promotion d’une industrialisation durable et le renforcement de l’innovation. Cet objectif rencontre l’une des sept stratégies sectorielles du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE), notamment l’industrialisation. De manière générale, l’industrialisation est le passage d’une économie à dominante agricole à une économie dominée par le secteur industriel. C’est un processus social et économique qui vise à accroître la rentabilité des moyens de production et d’échange en les faisant dépendre davantage des progrès techniques et scientifiques ainsi que de la hiérarchisation. En tant que mécanisme, l’industrialisation est faite d’étapes et peut suivre divers processus. A ce sujet, le modèle d’industrialisation le plus efficace est encore âprement discuté (Lee, 2016 ; Todaro & Smith, 2012 ; Perkins & al., 2008). Cette réflexion se positionne dans une dynamique d’imitation, et d’insertion progressive dans les chaînes de valeurs globales. Or la théorie de la localisation des activités de production stipule que chaque segment de production tend à se localiser là où résident les compétences associées aux blocs des savoirs sous-jacents. C’est le principe des coûts comparés qui va dicter la localisation de la production des différents segments du processus de production. Les difficultés d’industrialisation du Cameroun peuvent trouver un début de solution dans la prospection d’un aménagement d’un pôle de compétence pouvant attirer les marques. Si les compétences sont difficiles à regrouper, d’autres facteurs peuvent constituer un atout, notamment la position géographique, la qualité des infrastructures ou des services logistiques. La compréhension par les entreprises de ce que représente pour le client la valeur d’un produit ayant un attachement territorial favorise cette politique. D’ailleurs le concept de made in a été considéré comme un attribut, parmi d’autres, sur lequel le consommateur se base pour développer une attitude envers les produits étrangers. La délocalisation est définie au sens strict comme un transfert de capacités de production d’un site national vers un site étranger sans que soit affectée la destination des biens qui étaient jusqu’alors produits localement (Dolbec et al., 2006). Toutefois, les sources de valeur de la marque pour le consommateur n’ont pas changé de façon fondamentale avec les multiples délocalisations des entreprises. Pour comprendre comment et pourquoi le Cameroun peut et doit tirer profit des délocalisations, la réflexion est organisée autour de trois points. Le premier point met en évidence les mécanismes d’industrialisation résultant de l’accueil des entreprises délocalisées. Le deuxième point évalue l’ampleur du phénomène de délocalisation vers le Cameroun. Le troisième point ouvre les perspectives pour une gestion efficace de ce mode d’industrialisation. LES DÉLOCALISATIONS : UNE ALTERNATIVE VERS L’INDUSTRIALISATION Le concept de délocalisation reste assez complexe à définir avec rigueur ou trop hétérogène dans son acception courante, d’où l’absence de données fiables en continu et la difficulté à chiffrer précisément le phénomène. La logique qui sous-tend l’implantation des entreprises à l’international s’appuie sur trois arguments. D’abord, il s’agit de distribuer les biens et services dans tous les pays pour couvrir le marché mondial et ainsi assurer la croissance du chiffre d’affaires afin d’obtenir l’économie d’échelle qu’apportent de plus gros débouchés. Ensuite, il est question de produire dans le pays où les conditions sont les plus favorables. En effet, pour rester compétitive, l’entreprise doit réduire au maximum ses coûts (main d’oeuvre, transport, matières premières etc.) et donc implanter des usines près de ses marchés et sources d’approvisionnement. Enfin, l’objectif est d’accéder à des produits et des matières premières rares. Ainsi, la délocalisation a pour principaux objectifs, la recherche des avantages économiques pour les entreprises souvent sous la pression du marché, favorisant ainsi l’accès à de nouveaux marchés et permettant de faire face à la mondialisation de la concurrence afin de rivaliser à armes égales avec les concurrents des autres pays. Elle permet aussi d’éliminer des barrières douanières et de profiter de zones de coopération économique, tout en accédant à de nouvelles technologies ou à de nouvelles connaissances. Du point de vue du pays d’accueil, les délocalisations peuvent avoir de nombreux effets d’entraînement pour le secteur industriel, eu égard au type d’entreprises délocalisées. L’exemple des Etats-Unis et de la Corée du Sud est en la matière illustratif (Mwangi wa Githinji & Adesida, 2011 ; Lee, 2016). En effet, les Etats-Unis ont accepté de localiser certaines de leurs opérations à forte valeur ajoutée en Corée du Sud, ce qui a contribué à l’éclosion industrielle et technologique de ce pays. La délocalisation peut donc avoir deux effets sur les entreprises locales : soit elles se spécialisent sur leurs compétences clés, soit elles tentent de se moderniser et d’innover. Concrètement, l’accueil des entreprises délocalisées favorise l’accès à de nouvelles technologies ainsi qu’à une base de savoirs externes ; s’accompagne souvent d’investissements directs étrangers (implantation physique…) ; est créateur d’emplois pour peu qu’il existe dans le pays une main-d’oeuvre qualifiée et que les lois et règlementations nationales soient bâties de manière à favoriser l’emploi des nationaux ; permet l’insertion des entreprises locales dans la chaîne de valeur internationale par le biais de partenariats ; favorise les transferts de crédibilité et de confiance envers les produits locaux résultants des partenariats techniques… LES DÉLOCALISATIONS : UNE COMPOSANTE ENTREPRENEURIALE AU CAMEROUN A l’origine des délocalisations, se trouve une discordance entre les avantages compétitifs d’une entreprise et les avantages comparatifs de son pays d’origine. Les richesses (sous-sol, ressources humaines, localisation, etc.) dont regorge le Cameroun devrait permettre de militer en faveur d’une politique de délocalisation. Ainsi, les entreprises étrangères peuvent arbitrer en faveur des secteurs d’activités pouvant offrir des avantages comparatifs, compatibles avec leurs avantages compétitifs. Cette discordance / concordance peut être suscitée par des éléments de l’offre (coûts de production) et/ou par des éléments de demande (produits, taille du marché, accessibilité). DÉLOCALISATION ET AVANTAGES COMPÉTITIFS L’économie contemporaine est régie par le principe de concurrence et, partant, de compétitivité. Pour être compétitives et maintenir ou augmenter leurs parts de marché, les entreprises doivent notamment optimiser leur organisation productrice afin de réduire leurs coûts (d’acquisition foncière, d’immobilisation, de production, de transport, d’accès au marché etc.). Or, les firmes délocalisées peuvent être concurrentes des firmes locales parce qu’à leurs avantages initiaux (technologie, main-d’oeuvre, demande,…), ils adjoignent les avantages issus du territoire d’accueil. Cela peut éventuellement leur donner un avantage supplémentaire. Toutefois, ainsi que nous le montrons à la section précédente, le Cameroun peut en tirer des avantages pour son industrialisation et la promotion des produits locaux. L’une des conditions de l’effectivité de cette traduction des avantages compétitifs pour l’entreprise en avantage industriel pour le Cameroun est la qualité des accords commerciaux et des engagements internationaux négociés à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et auxquels le Cameroun est tenu une fois qu’ils ont été consolidés.

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