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Ramadan 2018: la spéculation refait son lit

Pour bien gérer le mois de jeûne, autant les commerçants ont fait des stocks autant les populations se sont livrées au même jeu, ce qui coince les prix.

Mardi 15 mai 2018. Quand le ministre du Commerce, Luc Magloire Atangana arrive au « marché abattoir » de Maroua, c’est au grand étonnement de la population qui vaquait à ses occupations. En fait, le patron du commerce au Cameroun a déclaré venir toucher du doigt la disponibilité des denrées alimentaires dans les magasins, surtout en ce mois de ramadan où la demande est forte. C’est avec un coeur apaisé et une grande satisfaction qu’il est parti de ce marché très fréquenté par les populations de la ville de Maroua et ses environs. En réalité, s’agissant de la disponibilité des denrées alimentaires et de leur prix, nous indique Abdoulaye, commerçant à Maroua, il y a un jeu qui se passe entre vendeurs et acheteurs. Pour faire de plus gros bénéfices, les commerçants provoquent à dessein des pénuries, en réduisant la quantité des produits écoulés. « Or les population ont aussi compris le mécanisme, parfois cinq mois même avant le jeûne, certaines personnes commencent à faire des stocks à domicile, d’autres importent les denrées à partir d’autres régions telles que l’Adamaoua ou le Nord pour éviter les ruptures à la maison », déclare l’homme d’affaires. C’est ce qui explique, d’après lui, la stabilité, voire la chute des prix de certains produits. A titre d’exemple, le sucre, produit qui fait couler beaucoup d’encre et de salive en ce moment, subit non seulement la concurrence des produits importés du Nigéria voisin, mais aussi la faible demande sur le marché qui fait chuter les prix. Selon les explications de Boubakari Abdoulaye, délégué régional du Commerce pour l’Extrême-Nord, le sac de sucre importé qui devait être vendu au prix homologué de 32 000 F coûte actuellement 28 000 F. « Il n’y a pas d’inquiétude, le sucre est disponible en quantité et les prix sont accessibles. Nous n’avons aucun risque de rupture pour le mois de ramadan et même au delà pour une période d’environ six mois», rassure le délégué régional. C’est la même situation pour les autres denrées comme les arachides, le maïs, le mil qui sont pour la plupart importées des régions de l’Adamaoua et du Nord. Les ignames, les pâtes alimentaires, en provenance du Nigeria sont disponibles en quantité dans tous les marchés de la ville de Maroua. Même les légumes tels que le « Foléré », les aubergines, les laitues, les oignons, très consommés dans la région ne manquent pas à l’appel. Aïssatou, résidente de Maroua, a considérablement réduit ses jours de fréquentation du marché : « Quand je pars même au marché maintenant, c’est juste pour une ou deux choses ; j’ai déjà tout à la maison, mon mari et moi avons tout prévu. Même le menu de la fête de fin de ramadan en ce qui concerne les produits non périssables est déjà prêt. D’ailleurs, depuis environ trois mois, je nourris un mouton qui sera immolé pour la fête, donc je ne suis pas du tout inquiète », témoigne-telle avec beaucoup de fierté. Toutefois, les commerçants ne perdent pas espoir de faire de bonnes affaires. « Je compte sur l’augmentation de la demande pour faire des bénéfices », dévoile Abdoulaye, commerçant. « S’il y a eu des gens sages qui ont fait des stocks avant la fête, je sais aussi par expérience que même si la demande n’est pas très forte, elle est en légère hausse par rapport aux périodes ordinaires, donc je compte sur ceux-là pour ne pas perdre tout mon investissement », déclare-t-il. Et pour confirmer ses dires, le constat fait sur le terrain dégage le fait que dans certains endroits isolés, les coûts des denrées de première nécessité ont connu des flambées, « le sac d’oignon qui coûtait 15 000 F il y a deux ou trois semaines, coûte aujourd’hui plus de 20 000 F », reconnaît Aboubakar Aladji un autre commerçant. Tout compte fait, c’est la loi du marché.

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