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« Les vrais opérateurs économiques ne sont pas encore entrés en scène »

Raymond Roksbo, préfet du département du Mayo-Sava.

L’ouverture de la frontière d’Amchidé entre le Nigeria et le Cameroun fait l’objet de préoccupations, tant des commerçants que des populations. Qu’en est-il exactement ? 

Je dois rappeler ce qui a déclenché la réflexion pour la réouverture du corridor Banki-Amchidé-Mora depuis un certain temps. Nous observons une certaine amélioration de la situation sécuritaire depuis plusieurs mois, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières. Ceci est dû à un certain nombre de mesures que nous avons prises avec les comités de vigilance, les forces de défense et de sécurité, les tranchées qu’on a eu à creuser le long de la frontière et aussi une opération que nous avons expérimentée, à savoir la reddition des membres de la secte Boko Haram. Actuellement, nous avons une centaine qui est au niveau du 1er secteur de la Force multinationale mixte. 

Autant de mesures et d’éléments qui ont favorisé l’amélioration de la condition sécuritaire dans le département. Depuis le 2 janvier, il y a une grande opération qui s’est soldée par un très bon résultat dans la forêt de Sambissa au Nigeria. Notre armée et celle du Nigeria ont délogé la poche de Boko Haram dans cette forêt. Présentement, nous avons plus de 500 hommes qui sont à Sambissa et à l’heure où je vous parle, Sambissa est libéré. Elle est non seulement libérée, mais elle sera désormais occupée. L’opération de nettoyage va se poursuivre. Autant de paramètres qui nous permettent d’envisager déjà la reprise des activités économiques au bénéfice de nos populations qui, depuis plus de quatre ans, sont restées dans la vulnérabilité. C’est pour cette raison que nous avons multiplié les rencontres avec les opérateurs économiques nigérians qui sont venus pour qu’on voie ensemble comment trouver les stratégies d’accompagnement dans cette réouverture. Cela démontre l’engouement de reprendre les activités transfrontalières entre le Cameroun et le Nigeria. 

Sur le terrain pourtant, les marchandises circulent déjà, avant même l’ouverture officielle de la frontière. Comment expliquez-vous cela ?

Ayant déjà cette lecture de l’amélioration de la situation sécuritaire plus haut, nos forces de défense ont essayé de desserrer à leur niveau, pour permettre l’activité économique des petits commerçants de part et d’autre de la frontière qui souffrent. Il faut certainement vous révéler qu’une bonne frange de nos populations est déjà rentrée sur la quasi-totalité des villages frontaliers, je veux parler d’Amchidé et Limani. Donc, ces personnes ont besoin de produits de première nécessité. Pareil du côté de Banki au Nigeria. La population étant déjà là, au tout début de l’accalmie, ce désir de transaction s’est démontré par le troc, échange des produits manufacturés de part et d’autre de la frontière quand l’armée a desserré juste un peu. Ayant observé cela, nous avons convenu qu’il faudrait être proactif pour anticiper et mener la réflexion afin de mettre déjà les bases de cette relance des activités économiques. De manière concrète, il faut que nos services de sécurité et autres soient présents sur le terrain afin qu’ils balisent le terrain dans le sens de la reprise des échanges. C’est pour ça qu’il y a eu ce petit mouvement d’échanges que vous avez constaté au niveau de la frontière. Mais, les vrais opérateurs économiques ne sont pas encore entrés en scène. Pour le moment, ce sont des petits commerçants qui sont là, comme des précurseurs, par rapport à la reprise de ces activités dont l’ouverture officielle est prévue pour les tout prochains jours. 

Qu’est-ce que l’Etat a fait pour faciliter le retour de ces populations ?

En réalité, ces populations ont pris de l’avance sur nous et c’est pour cela que les mesures sont en train d’être prises actuellement pour favoriser leur retour, notamment à travers la réhabilitation des écoles, des centres de santé… Nous sommes en train de remonter toutes ces doléances pour permettre aux uns et aux autres de reprendre sereinement. En plus, je dois vous rappeler que cette année 2018, le gouvernement a prévu 100 millions de F pour faire l’étude du bitumage de l’axe Mora-Limani-Amchidé. C’est dans cette perspective de la reprise des activités économiques. Et certainement après l’étude, le bitumage va immédiatement commencer. En plus, la réhabilitation de l’axe Maroua-Mora est déjà en cours, celle de Mora Kousseri également. Ce qui augure de belles perspectives dans la reprise des activités économiques. 

Les opérateurs économiques demandent des exonérations de certaines taxes dans cette reprise des échanges. Que leur dites-vous ?

Il est normal que l’Etat accorde une certaine bienveillance par rapport à une doléance comme celle-là, parce que dans le domaine de la fiscalité, on a l’habitude de dire qu’ « on ne tue pas la poule aux œufs d’or ». C’est-à-dire, il faudrait aider l’opérateur économique à se relever et quand ses activités prospèrent, vous aurez de la matière sur laquelle vous allez imposer les taxes. Nous allons nous référer à la hiérarchie. C’est à elle d’apprécier comment ces populations pourront être accompagnées, notamment par les services des douanes et tous les autres impliqués pour ne pas tout de suite asphyxier l’activité qui n’a même pas encore démarré. 

Le problème des tracasseries policières est également soulevé…

Effectivement, nous avons déjà travaillé avec tous les responsables de sécurité pour leur dire que dès qu’il y a reprise, que les points de contrôle sur les axes soient réduits au maximum. Donc, pas de tracasseries. Il faudra tout simplement s’assurer que ce qui est transporté n’a rien de suspect, de dangereux et que les passagers soient formellement identifiés pour permettre à l’Etat d’accompagner ces opérateurs économiques ainsi que la population de se relever. C’est quand l’activité va atteindre sa vitesse de croisière que l’Etat sera en droit d’être rigoureux.

 

 

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