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Commerce transfrontalier : Les affaires reprennent à Amchidé

Après quatre ans d’hibernation du fait de la guerre contre la secte Boko Haram, le retour de l’accal

De janvier à février 2018, près de 70 camions de marchandises sont entrés à Amchidé au Cameroun en provenance de Maiduguri au Nigeria. Des denrées de première nécessité essentiellement, à l’instar du sucre, des jus, de puits, de la canne à sucre, des pâtes alimentaires, des ignames. Du ciment aussi. Retournées dans leurs villages après quatre années d’exil forcé en raison du conflit Boko Haram, les populations manquent de quoi se nourrir, n’ayant pas pu cultiver leurs champs. D’après Baba Gana Gamboya, porte-parole des commerçants nigérians, des produits sont importés en fonction de la demande. 

Mercredi 21 février 2018, Amchidé affiche un visage tout particulier. Il est 14h 25’ quand 12 camions de marchandises font leur entrée à Amchidé. Pour annoncer leur province, ils font le tour de ville. Les populations, à l’écoute des klaxons et des ronflements devenus peu ordinaires sortent en masse acclamer cette entrée
triomphale des denrées alimentaires. Ce cortège est accompagné par des youyous de femmes, des cris de joie, des enfants qui s’accrochent sur les camions en mouvement. « Aujourd’hui, plusieurs parmi nous sont sûrs qu’ils auront quelque chose à manger », lâche Ismaël, un jeune commerçant à Amchidé.   

Pour le moment, au regard du besoin manifestement exprimé au sein de la population, maitriser ces échanges transfrontaliers devient difficile. Selon des sources dignes de foi, c’est parfois dans les quartiers que les services compétents rattrapent ces marchandises pour que leurs propriétaires remplissent les formalités du commerce transfrontalier.
« Officiellement, la frontière d’Amchidé est encore fermée. Tous les produits qui entrent
par-là ne sont que de la contrebande, c’est pourquoi les opérateurs économiques propriétaires des marchandises saisies doivent régulariser leur situation. Des taxes d’environ 5 millions de F ont été élaborés dans ce sens, et il a été demandé à ces commerçants d’aller faire le versement à la recette des douanes basée à Maroua », révèle notre source. 

Les opérateurs économiques n’attendent que le feu vert des autorités qui doivent décider de la réouverture officielle de la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, précisément au niveau d’Amchidé pour relancer le commerce transfrontalier. Cette frontière subit depuis quelques semaines une forte pression des commerçants qui manifestent le désir de reprendre avec les activités économiques. 

Mardi 19 février dernier, une délégation de 150 commerçants nigérians, conduite par le lieutenant-colonel Aye Ogundale, commandant du bataillon de l’opération Lafia Dollé, basé à Banki au Nigeria, est venue rencontrer leurs collègues camerounais et les autorités administratives et militaires du Mayo-Sava pour parler business. Selon les clarifications de Raymond Roksbo, préfet du département,
« cette dernière rencontre est la quatrième du genre, depuis qu’on ressent le calme revenir progressivement avec l’affaiblissement du groupe terroriste Boko Haram. Il est question de faire ensemble un état des lieux et voir si toutes les conditions sont réunies pour que la frontière soit rouverte ».

Le commandant du 1er secteur de la Force multinationale mixte (FMM), le général de Brigade Bouba Dobékréo affirme que sur le terrain, les nouvelles sont rassurantes. Aux opérateurs économiques présents, le général prononcera des propos encourageants : « au niveau sécuritaire, nous avons eu des échanges à un très haut niveau entre les autorités militaires nigérianes et camerounaises. Dans nos échanges, nous avons insisté sur l’ouverture du corridor pour atténuer les souffrances des populations », a-t-il déclaré. Aujourd’hui, sur le corridor Mora-Amchidé au Cameroun et Banki-Bama-Maiduguri au Nigeria, l’air circule. Toutefois, quelques réglages restent à effectuer au niveau technique, notamment la présence de l’administration. Côté sécuritaire, il y a le retour effectif des forces de maintien de l’ordre dans les villages pour assurer
les échanges transfrontaliers.

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