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« L’accent sera mis sur la valorisation des déchets »

Jean-Claude Mbwentchou, ministre de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU).

Monsieur le ministre, la collecte et le traitement des ordures ménagères connaissent depuis plus d’un an des perturbations, principalement dans les grands centres urbains que sont Douala et Yaoundé. Qu’est-ce qui justifie cette situation ?

Les perturbations constatées dans le service de collecte et de traitement des ordures ménagères à Yaoundé et Douala sont d’ordre financier, technique et opérationnel. Elles sont en grande partie à l’origine de la baisse de la mobilisation de l’opérateur HYSACAM, dont les interventions sont encadrées par des contrats. Toutefois, des solutions à ces difficultés sont en train d’être trouvées.

Le chef de l’Etat a récemment prescrit l’ouverture à la concurrence du marché de la gestion des déchets dans les villes du pays.
HYSACAM n’est-elle plus en mesure d’assurer le monopole du marché de collecte et de traitement des ordures ménagères au Cameroun ?

Effectivement, une très haute instruction du chef de l’Etat, relayée par le Premier ministre, chef du gouvernement, a demandé l’ouverture du marché à la concurrence. Dans ce sillage, le Secrétaire général des services du Premier ministre a présidé une séance de travail au cours de laquelle les délégués du gouvernement de Yaoundé et Douala ont été instruits de prendre les dispositions pour la mise en œuvre de ces très hautes directives du chef de l’Etat. En outre, tant au cours de la cérémonie de signature de la convention de prêt par un consortium de banques dont a bénéficié HYSACAM, que j’ai coparrainée, en vue du renouvellement de son parc d’engins, que lors de mes récentes descentes sur le terrain à Yaoundé et Douala, j’ai invité l’entreprise HYSACAM à se préparer à affronter désormais la saine concurrence. Il convient de relever que la concurrence a existé autrefois. Ainsi, en 1991, à cause de la crise économique qui a secoué les pays africains, des perturbations remarquables ont été observées dans le service de collecte et de traitement des ordures ménagères au Cameroun. Y faisant suite, un appel d’offres international ouvert avait été lancé. A Douala par exemple, plusieurs opérateurs à l’instar de la SCAN, la Nationale, CAMPROPRE, HYSACAM s’étaient déployés. Malheureusement, du fait des facteurs bloquants, les trois autres entreprises ont cessé leurs prestations. Seule HYSACAM s’est révélée être capable de continuer l’exécution de ses prestations.

Quel est le profil des entreprises recherchées et combien seront retenues ?

Pour les villes de Yaoundé et Douala, les contrats quinquennaux (2013-2017) sont arrivés à terme en décembre 2017. A cet effet, il a été demandé aux deux communautés urbaines, suivant les très hautes directives du chef de l’Etat, de préparer les Dossiers d’appel d’offres (DAO) y afférents. En ce qui concerne Yaoundé, le DAO est transmis au ministère des Marchés publics et l’appel d’offres international ouvert déjà lancé. Il en sera de même pour Douala. Toutefois, pour assurer la continuité du service, le ministre des Marchés publics a autorisé ces communautés urbaines à signer des avenants prolongeant de six mois le contrat les liant à HYSACAM. 

Concernant le profil des entreprises recherchées, tout dépendra du nouveau schéma mis en place pour la gestion efficace du service. Nous croyons que la pré-collecte peut être assurée par les PME, ONG et associations qui sont connues des communes d’arrondissement et s’emploient sur le terrain à mener ces activités. En revanche, pour la collecte, le transport et le traitement qui exigent d’énormes investissements, vous comprendrez qu’il serait intéressant d’avoir des entreprises de gros calibre, spécialisées dans ce domaine industriel. Le principe arrêté étant l’appel d’offres international, les candidatures sont ouvertes pour toutes celles qui seront capables de remplir les conditions suivant les spécifications du DAO. Je voudrais également ajouter que dans le cadre de l’intercommunalité, deux, trois ou quatre communes de moyenne envergure peuvent s’associer et passer le marché avec un seul opérateur. 

La société HYSACAM a évoqué, comme freins à son activité, la croissance démographique des métropoles et les embouteillages permanents qui ralentissent le transport des déchets vers les centres de traitement. Quels schémas adopter pour que les entreprises qui seront sélectionnées surmontent ces difficultés ?

Comme je l’ai relevé précédemment, au cours des visites que j’ai récemment effectuées à Yaoundé (le 11 janvier) et Douala (les 25 et 26 janvier) pour apprécier l’état de propreté de ces deux villes, j’ai instruit les deux délégués du gouvernement d’aménager des centres de transfert des déchets, d’augmenter le nombre de réceptacles devant accueillir les bacs à ordures aux abords des chaussées et d’accélérer l’aménagement des nouvelles décharges. Par ailleurs, je leur ai demandé de prendre les dispositions en vue du retrait des carcasses de véhicules abandonnées le long des rues et de travailler en liaison avec les autorités administratives et les chefs de quartiers pour la sensibilisation des populations tout en envisageant, le cas échéant, la mise en œuvre des mesures coercitives.  

La démarche est en bonne voie, car à Yaoundé, un centre de transfert est déjà identifié derrière le marché de Nsam et à Douala, HYSACAM vient d’acquérir auprès de la MAGZI un terrain de 5000m2 à Bonabéri, qui servira de centre de transfert. Les nouvelles voiries en cours de construction dans les villes de Yaoundé et Douala intègrent d’ores et déjà l’aménagement des réceptacles pour accueillir les bacs à ordures. En outre, on a relevé le fait que les décharges de Nkolfoulou à Yaoundé et Pk10 Génie militaire à Douala sont en cours de saturation pour la première et saturée pour la deuxième. Il est donc question d’aménager de nouvelles décharges et les magistrats municipaux de ces deux villes s’attèlent à cette tâche. Je voudrais également dire que le système de gestion tel qu’espéré actuellement devra être réorganisé en allotissements selon les modèles édictés dans les DAO de la manière suivante : la pré-collecte qui sera organisée à l’échelle des communes d’arrondissement par les maires, devra faire l’objet d’un lot ; la collecte et le transport feront l’objet d’un lot ; le traitement constituera aussi un lot. Il est important de souligner qu’un accent sera accordé à la valorisation, car comme vous le savez, les déchets représentent aujourd’hui une matière première qu’il faut transformer, et qui sera capable de contribuer à sa manière, au financement du circuit global de la gestion des déchets.

Quelles sont les mesures prises pour permettre le paiement régulier des prestations des entreprises qui seront sélectionnées ?

Le Premier ministre, chef du gouvernement, a signé le 26 décembre 2017, un arrêté portant création, organisation et fonctionnement d’un groupe de travail chargé d’examiner les modalités de restructuration du système de collecte et de transformation des déchets dans les centres urbains.
Ce groupe de travail est à pied d’œuvre et des propositions techniques, juridiques et financières pertinentes, efficaces et adaptées seront formulées et permettront ainsi de mettre en place un mécanisme structurel et durable de financement du service de l’enlèvement des ordures dans nos centres urbains.

HYSACAM projette de produire de l’électricité autour de 2020-2021 pour valoriser le méthane issu de ses décharges. Le recyclage systématique des ordures collectées sera-t-il une des conditions-clés à remplir par les entreprises qui voudront intégrer ce marché ?

Les déchets représentent aujourd’hui une ressource, mieux une matière première à valoriser ou à transformer en sous-produits économiques. Pour ceux qui se sont déjà rendus dans les décharges de Nkolfoulou à Yaoundé ou à Pk10 Génie militaire à Douala, ils ont dû constaté que HYSACAM a installé un système de production du biogaz à travers le Mécanisme de développement propre (MDP). Ce mécanisme permet de produire du méthane qui est brûlé en torchère. Si cette entreprise a décidé de produire de l’électricité à partir de ce biogaz, c’est tout à louer et à féliciter. En même temps, nous savons que cela exige au préalable une étude de marché qui permettra de déterminer les potentiels débouchés, pour que ce soit économiquement rentable. Au demeurant, dans l’élan de protection de l’environnement et du développement durable, nous encourageons toute initiative visant à réduire l’émission des gaz à effet de serre, en mettant en place des technologies modernes et adaptées qui participent de l’économie circulaire. Pour reprendre le célèbre chimiste français Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Soulignons que le volet lié au traitement fera à la fois l’objet d’une attention toute particulière et partie intégrante des DAO. Chacune des entreprises qui répondra à cet appel à manifestation d’intérêt proposera une technologie adaptée et économiquement rentable.

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