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« La ruée vers ces titres est normale »

Isaac Pone, analyste des marchés financiers.

Le Cameroun recourt de plus en plus à l’émission de titres publics, notamment des bons du Trésor. Comment expliquez-vous cela ?

L’Etat du Cameroun fait de plus en plus recours aux bons du Trésor pour le financement de sa trésorerie. A travers cette pratique, le Trésor public n’est plus seulement le caissier de l’Etat chargé de faire face à des dépenses continues avec des recettes discontinues. Car, face à l’évolution de ses besoins financiers, il n’a plus seulement besoin des moyens de trésorerie, mais aussi des moyens de financement de l’économie. L’augmentation des masses budgétaires et l’accroissement des déficits imposent cette approche. Aussi, le lancement de plusieurs projets structurants, ajouté aux obligations sociales que l’Etat doit assumer dans le domaine de la construction des infrastructures, expliquent-ils les charges financières qui pèsent dorénavant sur le Trésor public. 

Ces titres sont généralement souscrits au-delà de la demande. Comment comprendre un tel engouement de la part des investisseurs ?

Dans une économie libérale comme celle du Cameroun, on retrouve les unités institutionnelles, qui sont : les ménages, les sociétés et quasi sociétés non financières, les administrations publiques, les administrations privées, les institutions financières et les sociétés d’assurance. Parmi ces unités, l’administration publique est l’unique acteur dont les ressources sont constituées de prélèvements obligatoires. Ce qui en fait l’acteur le plus solvable au regard de la qualité de ses ressources. A cet effet, nous pouvons dire que l’engouement vers les titres publics s’explique par le fait que prêter à l’Etat est le placement le moins risqué possible pour un investisseur, car le taux de recouvrement est toujours de 100%. Par ailleurs, étant donné que la capacité d’endettement du Cameroun reste suffisamment bonne, il est normal qu’on observe une ruée vers ses titres publics.

Comparativement aux titres émis par les Etats de la Cemac, le Cameroun emprunte à des taux moins élevés. Pourquoi ?

Le rendement d’un titre de placement est le rapport entre le revenu obtenu in fine et la mise de fonds initiale. Habituellement, la valorisation du rendement d’un titre est réalisée sur la considération de la valeur future cumulée et actualisée des revenus attendus. Au Cameroun et en zone Cemac en général, l’inexistence d’un marché secondaire de bons du Trésor réduit leur rendement au taux d’intérêt fixé à la souscription. Dans ce cas de figure, le rendement des titres camerounais est moins bon (pour les investisseurs, Ndlr) que celui du Gabon ou de la RCA, par exemple. Pour illustration, les intervalles de taux au cours des 12 derniers mois, sont de 2,7 à 4,1% et de 5 à 6% respectivement pour le Cameroun et le Gabon. Cet écart a priori défavorable pour les opérations camerounaises contraste avec le succès de celles-ci. 

 

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