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« L’action publique doit se focaliser sur l’accès à l’emploi »

Dr. Alexandre Magloire Schouame, enseignant à la faculté des Sciences économiques et de gestion de l

Qu’est-ce qui peut expliquer le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres ?

De nombreux économistes ont établi un lien entre ces inégalités et la mondialisation. La mise en concurrence des travailleurs à l’échelle mondiale a contribué à pénaliser les postes pas ou peu qualifiés, et encouragé l’émergence d’emplois atypiques mal rémunérés et offrant une faible protection sociale. Les politiques de l’emploi, après le tournant libéral du début des années 1990, ont quant à elles favorisé une flexibilité accrue, aboutissant aujourd’hui à un marché du travail à deux vitesses où les inégalités grandissent entre travailleurs précaires et salariés bénéficiant d’un contrat de travail protecteur, tandis que les systèmes redistributifs ont perdu en progressivité. L’ouverture croissante des économies a aussi alimenté de nouveaux canaux qui, à leur tour, ont participé au creusement des inégalités. D’autres facteurs peuvent également expliquer la montée de ces inégalités : les politiques publiques peu ambitieuses, notamment en matière d’éducation, les paradis fiscaux, la discrimination à l’égard des femmes sur le marché du travail, la prolifération des emplois précaires, peu rémunérés, des emplois à temps partiel, des contrats à durée déterminée, des travailleurs indépendants... 

D’où provient la richesse des riches ? Autrement dit, autour de quoi se construit la richesse des plus nantis ?

Les salaires du secteur financier ont représenté l’essentiel de la hausse de revenus des riches. Autrement dit, la croissance soutenue de la rémunération des managers de l’industrie financière explique pour moitié la hausse des inégalités salariales au niveau du 0,1% (et non pas 1%), c’est-à-dire des plus riches parmi les riches. Une grande partie des riches sont entrepreneurs, propriétaires ou dirigeants d’entreprise. Et ce sont les revenus des professionnels de la finance, de certains cadres dirigeants, des stars du cinéma ou du milieu sportif qui ont beaucoup progressé ces dernières années. L’évolution des hauts salaires est donc tirée par la croissance des plus-values financières en particulier. Depuis la crise financière de 2008, les hauts salaires augmentent alors que le salaire moyen stagne. Les explications le plus souvent avancées pour rendre compte de cette envolée portent sur le mérite, les performances individuelles, ou le produit marginal du travail. 

Comment bâtir un modèle économique plus juste pour une redistribution équitable des fruits de la croissance ?

Cette question est essentielle, car le phénomène est symptomatique d’un dysfonctionnement du système économique actuel. Ceux qui travaillent dans les usines, les plantations et d’autres lieux où se créent la valeur ou la richesse sont-ils rémunérés à leur juste niveau ?
Il y a là nécessité de mener des actions concrètes en vue d’instaurer un système limitant les dividendes pour les actionnaires et les dirigeants d’entreprises; promouvant l’égalité entre hommes et femmes en matière d’emploi; élargissant l’accès à des emplois plus stables, productifs et rémunérateurs ; accentuant la lutte contre l’évasion fiscale et encourageant les investissements dans l’éducation et la formation. La place de la redistribution et de la protection sociale est à renforcer. L’action publique doit se focaliser sur l’accès à l’emploi et l’intégration au marché du travail afin de renforcer à la fois l’égalité et la croissance. Elle ne doit pas se limiter à la quantité mais aussi à la qualité des emplois, et particulièrement aux emplois qui offrent des perspectives de carrière et des possibilités d’investissement, aux emplois qui sont des tremplins et non des voies sans issue. 

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